Réalisé Par Aurelien Meimaris © - Artiste Photographe - www.aurelienmeimaris.com

Les 5 sens : notre expérience du monde – Conférence Malakoff Mederic

 

Nos antennes sensorielles

Conférence animée par Samia Abdelmoumen et Maurice Cohen

Les 5 sens ont un rôle important dans la connaissance du monde et la communication avec le monde extérieur. C’est par leur biais que notre organisme va recueillir la multitude de stimulations qui nous arrivent constamment. Ce sont des vecteurs d’expérimentation, de connaissance, de découverte et d’adaptation à son environnement.

Chaque sens joue un rôle fondamental dans notre corps, il est lié aux cellules avec lesquelles il agit en réponse à des stimulations déterminées pour transmettre à notre cerveau les informations qu’il perçoit pour les transformer en sensations.

Le monde, qui nous entoure, est perçu par notre corps à travers les organes sensoriels lié au 5 sens. Ces organes sensoriels, sensibles aux stimulations de l’environnement, agissent comme des capteurs : ce sont les yeux, les oreilles, la langue, le nez, la peau.

Chacun de nos sens est caractérisé par :

  • De nombreuses cellules réceptrices spécifiques
  • Des réactions physiques et chimiques traduites dans le langage du système nerveux.
  • Une transformation de fréquences en signaux compréhensibles par notre cerveau
  • Apprentissage par l’expérience et la mémorisation

Chaque sens est relié aux organes vitaux et à certaines vertèbres qui participent à la cohérence des informations analysées et ressenties. La concentration de la pensée, de l’esprit, du mental permet alors le décodage des perceptions sensorielles.

Nos capteurs sensoriels reçoivent l’information du monde extérieur, qu’ils « codent » afin de la transmettre à une région spécifique du système nerveux capable d’interpréter le signal et de le convertir en sensation consciente.

Ces informations captées par nos sens

  • font réagir tout notre corps
  • nous aident à interagir avec notre environnement pour prendre des décisions liées à notre sécurité, notre mobilité ou notre confort
  • guident les mouvements émotionnels en nous
  • façonnent nos mémoires :

– sensorielles

– intellectuelles

– physiques (spatiales, gestuelles…)

– émotionnelles

Ces mémoires sont liées à des neuro-stimulations. Si un stimulus est perçu longtemps, son effet diminue à mesure que le temps passe, car le cerveau choisi de ne plus tenir compte du message. Par exemple le poids des lunettes sur la tête…

Un même stimulus, comme le goût d’un aliment, déclenche chez chacun les mêmes impulsions, et cependant il ne provoquera pas les mêmes réactions : certains l’aimeront, d’autres pas.

De nombreuses aires du cortex sont impliquées dans la transformation des impressions sensorielles en perceptions conscientes. D’autres régions du cerveau comme par exemple le système limbique, influencent notre perception en l’associant à des sentiments ou à des émotions.

C’est grâce aux terminaisons nerveuses que nous sommes sensibles à la douleur, à la pression, au contact, au froid, à la chaleur. Enfin, c’est grâce à singularité de la mémoire que nous reconnaissons et identifions nos impressions sensorielles.

Les neuro-scientifiques commencent à mieux identifier les aires de mémorisation et leurs fonctionnalités.

L’exploration du cerveau nous facilite la compréhension du fonctionnement mécanique de notre sensorialité et de ses implications dans notre mode de fonctionnement.

Cela rejoint la pensée cartésienne qui a fait dire à Descartes :  » je pense, donc je suis «  réduisant ainsi l’être humain à une dimension uniquement intellectuelle. Or nous sommes un esprit incarné dans un corps grâce auquel nous pouvons agir (satisfaire nos besoins vitaux et aussi mettre en action nos aspirations).

Notre sensorialité nous ramène à notre corps car grâce à nos perceptions nous pouvons observer et comprendre notre environnement. Revenir à notre corps, c’est retrouver la conscience d’exister, de percevoir le mouvement de la vie en soi.

C’est l’éveil de la conscience. C’est ETRE

Nous expérimentons différents états de conscience :

  • La Conscience ordinaire : nous sommes en pilotage automatique

– Pas présent à soi

– l’esprit vagabonde dans le passé et le futur

Les sens sont engourdis, nous sommes en état de survie

  • La Conscience élargie : c’est l’éveil des perceptions

– il y a concentration/focalisation

– Connexion avec soi et son environnement…

Qui va induire la conscience de la vie qui circule en soi et autour de soi.

Nos capacités sensorielles sont assujetties à des fonctions anatomiques reposant sur une cohérence scientifique.

A présent, abordons plus précisément les 5 sens.

 

La vue

L’œil est l’organe de la vue mais la vision nécessite l’intervention de zones spécialisées du cerveau qui analysent et synthétisent les informations collectées (forme, couleur, relief).

C’est par l’intermédiaire de l’œil que ce sens réceptionne et interprète les informations des rayons lumineux et leur rémanence. C’est la rétine qui fait office de capteur : les rayons lumineux qui pénètrent dans l’œil activent des cellules photo réceptrices (c’est-à-dire sensibles à la lumière) appelées cônes et bâtonnets. La rétine convertit ainsi la lumière en signaux électriques qui sont acheminés vers le cerveaux via le nerf optique pour y être décodés.

La vue donne sens à la spatialisation et à la vision de notre intégration dans le monde.  C’est une fois de plus, notre mémoire qui fait le tri des informations et notre cerveau qui choisira ou pas de d’adopter une information comme acceptable ou « de faire retour à l’envoyeur ».

Les yeux reflètent une infinité d’émotions, de ressentis tels la colère, la douceur, la douleur, l’amour ou la surprise.

La vue est le sens le plus sollicité, il permet de se repérer dans l’espace, de se connecter à la réalité et il participe à la mémoire visuelle et intellectuelle.

Il a une dimension passive et active

  • Dimensions passive : Voir

c’est l’image brute que nous percevons de la réalité, en mode automatique sans percevoir les nuances, ni la variété. C’est la perception visuelle en état de conscience ordinaire (pilotage automatique).

  • Dimensions active : Regarder

– focalisation

– attention

Nous sommes en état de percevoir des informations, de les décoder, ce sens devient une véritable antenne tournée vers le monde extérieur et aussi notre monde intérieur.

La vue est le sens qui nous permet d’élargir notre espace :

  • regarder loin
  • se projeter dans le futur
  • prendre de la distance, de la hauteur

Regarder en soi : explorer sa réalité intérieure

Regarder l’autre : se connecter, tisser le lien, se brancher sur la même fréquence

Ce sens est coloré par :

  • notre vécu
  • nos croyances
  • notre perception du monde
  • notre culture
  • les influences liées au genre…

L’ouie

Lorsque nous entendons un son, celui-ci est capté par le tympan sous forme de vibrations qui sont perçues par le cerveau qui va décoder la fréquence et la qualité du son. Nous avons tous une perception sonore différente.

L’onde sonore fait vibrer notre corps, génère des sensations et des réactions émotionnelles. Ainsi, après un concert ou une répétition, les chanteurs ou les musiciens ont des troubles du sommeil ce qui explique leur engouement pour les longues soirées.

Car sur le plan énergétique, le corps et la voix forment une boucle audio-vocale qui joue un rôle fortement dynamisant et euphorisant. Dès lors, on peut comprendre que l’activité de l’oreille joue un rôle fondamental dans la régulation émotionnelle et l’équilibre psychique.

Ecouter une musique douce ne va pas avoir le même effet qu’écouter du rock. Souvenez-vous aussi comment adolescent, on écoutait en boucle des musiques qui nous rappelaient des moments heureux, surtout lorsque nous étions dans un état de nostalgie.

Notre corps réagit à tous les sons, notre oreille réalise un travail de sélection des sons perçus qui aura un impact sur notre équilibre corporel et nerveux, notre détente, notre bien être, notre lien avec autrui et l’univers.

L’ouïe est un sens qui est étroitement lié à la vue.

  • Dimension passive : entendre (entendre passer la voiture dans la rue, c’est un son qui fait irruption dans son espace).

C’est le mode automatique du sens, les sons parviennent à nos oreilles sans que nous en percevions aucune modulation, ni nuances.

  • Dimension active : écouter

L’attention/focalisation est sollicitée, on perçoit la direction, l’intensité… Plus la conscience s’élargit et plus le champ auditif s’élargit. On entend ce qui est audible et aussi ce qui est transporté/contenu dans le silence.

Dans sa dimension active, ce sens est lié :

  • Ecoute de soi : perception de ses besoins, émotions et sentiments, c’est la présence à soi, enseignée par la méditation.
  • Ecoute de l’autre

L’attention est posée sur l’autre, elle va permettre de percevoir les modulations exprimée par la voix qui devient un instrument qui exprime des émotions (donc ondes sonores) qui vont éveiller des émotions.

Le toucher

Ce sens nous permet de comprendre notre environnement proche. Il est lié à des réflexes

  • intéroceptifs (sensations internes : chaleur/froid, circulation…)
  • extéroceptifs (externes : les sensations perçues sur la peau).

Il est lié à la peau couche protectrice qui constitue la frontière entre l’intérieur et l’extérieur.

Le toucher a une dimension passive et active.

  • La dimension passive est simplement tactile, lié au geste de préhension, à l’utile, au gestuel et à la fonction. La pensée n’est pas coordonnée au geste.
  • La dimension active est liée à l’attention/focalisation, à la conscience (présence à soi et à l’autre…)

Le sens du touche implique d’autre sens (ce qui est vu et/ou entendu et/ou perçu). Il est lié à un désir/besoin de proximité, de connexion tactile, à l’affectivité et au plaisir, à l’envie/besoin de toucher et à l’attirance.

On ne touche que ce qui nous attire. Toucher c’est établir le contact, c’est donner du temps, c’est un acte d’amour. C’est d’abord la relation à son corps puis à celle de l’autre. Toucher c’est entrer dans l’intimité, dans l’espace de l’autre. Il implique des sensations réciproques, un partage qui élargit les dimensions de la relation.

Sur le plan anthropologique, le toucher a une symbolique différente. Ainsi, dans le contexte professionnel, le travail du chirurgien, du dentiste ou du professionnel para-médical est valorisé alors que celui de l’artisan est considéré comme « peu noble ».

Au niveau artistique, le modelage, la peinture ou la sculpture ont longtemps été interdits aux femmes.

Au plan social, le toucher fixe les rôles féminin-masculin. Ainsi, le toucher autorisé pour la femme est lié à l’intérieur (foyer) : entretien maison, soin des enfants, cuisine… alors que celui autorisé pour l’homme est lié à l’extérieur : construction, guerre, travail…

La soumission et la violence se fait aussi par le toucher à travers les agressions physiques et sexuelles où le toucher violent devient parfois un substitut à l’expression affective.

La danse c’est le rapprochement des corps, c’est un toucher qui associe le son/oreille, la vibration/les sensations/perceptions. C’est l’expression brute de la sensation/perception du son/vibration auquel le corps répond.

L’acte sexuel est le toucher le plus intime qui implique toute la dimension de l’être (physique, émotionnel, énergétique et bio-chimique).

Le toucher a également une dimension subjective. On est touché par un regard, un sourire, par des signes de reconnaissance (compliments, remerciements…), des cadeaux ou attentions.

 

L’olfaction

Il y a sentir par le toucher et sentir par le nez. Un même verbe pour décrire des sensations distinctes. L’olfaction est liée à la respiration, plus la respiration est ample et plus ce sens se développe.

On utilise le même verbe sentir pour parler de la fonction de l’olfaction et celle du toucher.

La civilisation humaine a au fil des siècles a réussi à éliminer les odeurs (corporelles qui sont une identité olfactive de chaque être humain ou ambiances) et nous vivons ainsi dans un monde aseptisé.

L’odorat met en mouvement une infinité de sensations à l’intérieur de soi et réveille des mémoires.

Il est lié à de nombreux contextes :

  • Situations complexes ou avenir : sentir le vent tourner, ça sent mauvais, avoir du flair
  • Personnes jugées antipathiques : ne pas sentir cette personne, personne puante (des comportements inappropriés qui révulsent…).
  • La manipulation et/ou le contrôle : mener une personne par le bout du nez

L’odorat nous confronte à notre appartenance au monde animal et par conséquent à nos instincts archaïques qui continuent à réagir malgré notre déni.

L’odorat perçoit l’invisible, il est en lien direct avec le système neurovégétatif et donne du sens à l’orientation et l’intention.

Les récepteurs des odeurs sont situés à l’intérieur du nez. Les odeurs sont en fait des molécules véhiculées par l’air, qui font réagir les cellules réceptrices qui s’y trouvent à l’intérieur du nez.

L’odorat renvoie aussi à tout ce qui touche au danger. Les odeurs d’alerte renseignent souvent mieux que les apparences : la comestibilité des aliments, l’odeur du gaz ou du feu…

L’odorat est le sens de l’intuition, il aide à développer sa sensibilité, son instinct et à prendre conscience de son espace intérieur et intime. Il nous permet de mieux sentir le monde et donc mieux le percevoir.

L’odorat, c’est une ouverture complète sur la sensorialité » sur le plaisir.

Exemple :

  • lorsqu’on se sent bien, on inspire profondément, comme si on voulait sentir le parfum de la vie.
  • Exemple : livre « Le parfum » qui a décrit le monde olfactif.
  • Dans l’industrie du parfum, les personnes qui composent les parfums sont des « Nez » car elles sont en capacité de différencier toutes les fragrances qui composent un parfum mais aussi les images qu’elles génèrent.

 

Le goût

Le parfum des épices, éveille notre sens olfactif et stimule nos papilles, ce qui nous amène à parler du sens gustatif : le goût.

C’est celui qui permet d’analyser la saveur des aliments mis en bouche par le sujet. Le sens olfactif et très important pour profiter de la nourriture. En général, on sent la nourriture avant de la goûter. Cela provoque la salivation, qui nous aide à déguster, à digérer.

Les récepteurs du goût se situent dans les papilles de langue, dans des «bourgeons gustatifs» capable de capter les molécules dites sapides qui forment la base chimique des saveurs.

Ces cellules réceptrices sont de différentes sortes, chacune répondant à un signal chimique donné correspondant à une note de saveur déterminée.

Par exemple l’extrémité de la langue concerne les saveurs sucrées, le bord de la langue réagit à l’acidité.

Si vous avez le nez bouché lorsque vous êtes enrhumé, votre sens gustatif est fortement diminué. Cela signifie que pour goûter certains aliments, les papilles gustatives de la bouche, doivent être activées, quand le fumet passe par le nez.

Le sens gustatif rappelle le goût à la vie :

  • Croquer la vie à pleine dents
  • Savourer la vie, l’instant présent, un voyage…
  • Les saveurs de la vie

On peut aussi

  • Perdre le goût de vivre

Ce sens est fortement lié à nos états émotionnels et notre état d’esprit.

Lorsque nous ressentons de la joie, un sentiment de bonheur, de plénitude… tout ce que nous mangeons a de la saveur.

Comme disent les Québécois nous « goûtons bon ».

C’est pourquoi autrefois, lorsqu’une personne était souffrante, il était conseillé de lui proposer à manger des choses qu’elle aime manger afin de lui redonner goût à vivre.

Il est difficile de masquer une appréciation du goût car il stimule ou inhibe l’appétit.

Le goût réveille des mémoires liés à des vécus : la madeleine de Proust.