L’amitié plus puissante que la morphine ?

Endorphines et amitié : un cocktail anti-douleur !

Les endorphines libérées par l’amitié : pourraient constituer un antidouleur aussi puissant que les médicaments à base de morphine, suggère une étude.

Avoir des amis serait bon pour la santé, à en croire plusieurs études qui ont mis en avant un lien entre de fortes relations sociales et un niveau bas de stress et d’anxiété. En jeu, la sécrétion d’une hormone naturellement synthétisée par l’organisme, l’ocytocine (surnommée « l’hormone du plaisir »), qui augmente au contact des amis et réduit le stress. Mais le « pouvoir de l’amitié » irait plus loin, selon des travaux réalisés par des chercheurs de l’Université d’Oxford (Royaume-Uni) et publiés dans la revue Scientific Reports : il aiderait à supporter la douleur, et ce mieux que la morphine ! Le responsable de ce phénomène n’est pas l’ocytocine mais d’autres hormones, nommées « endorphines ».

Liens sociaux forts = tolérance à la douleur élevée

« Les endorphines sont des composés chimiques sécrétés par notre cerveau et associées aux circuits de la douleur et du plaisir », explique dans un communiqué Katerina Johnson, chercheur en psychologie et principal auteur de l’étude. Ce sont des analgésiques naturels libérés en situation de stress, d’activité physique intense, de douleur et d’orgasme, qui nous donnent du plaisir. « Des études antérieures ont suggéré que les endorphines favorisent le lien social chez les humains et d’autres animaux », ajoute la spécialiste. Des travaux publiés en 2015 montraient qu’en cas d’acceptation sociale, certaines régions du cerveau libèrent plus d’endorphines. Au contraire, les personnes souffrant d’anxiété sociale (ou de dépression) en libèrent moins.

« Dans notre étude, nous avons émis l’hypothèse que les endorphines avaient un effet analgésique puissant, plus fort même que la morphine », explique Katerina Johnson. Ils ont donc utilisé la tolérance de la douleur comme révélateur de l’activité endorphinique du cerveau. Si leur théorie était exacte, alors les participants ayant des liens sociaux plus forts auraient une tolérance à la douleur plus élevée.

C’est effectivement ce qu’ils ont constaté chez 107 sujets (30 hommes et 77 femmes) dont l’âge moyen était de 22 ans (entre 18 et 34 ans). Les participants les plus entourés se sont révélés être ceux qui souffraient le moins (lors d’un exercice physique type utilisé en recherche psychologique pour tester la douleur). À noter que c’est la taille du réseau social « externe » qui compte, selon l’étude, soit le nombre de personnes contactées au moins une fois chaque mois.

Des niveaux élevés de stress associés à des réseaux sociaux plus petits

Alors que l’activité endorphinique peut être perturbée dans les troubles psychologiques tels que la dépression, ces résultats permettent également d’expliquer pourquoi les personnes déprimées souffrent souvent d’un manque de plaisir et rompent le lien social. En effet, l’étude confirme que des niveaux plus élevés de stress sont associés à des réseaux sociaux plus petits… Or, malheureusement, notre société hyperconnectée ne tend pas à favoriser les liens sociaux. « Nous avons évolué pour prospérer dans un environnement social riche, mais dans cette ère numérique, les lacunes dans nos interactions sociales peuvent faire partie des facteurs négligés qui contribuent à la détérioration de notre santé », conclut Katerina Johnson, l’auteur de l’étude.

http://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/20160502.OBS9661/l-amitie-plus-puissante-que-la-morphine.html