La créativité dans tous ses états

 

La créativité : l’humain invente en permanence

Sans créativité, nous vivrions encore dans les cavernes, mangeant des fruits et de petits animaux attrapés à la main. Avec quelques outils et pièges rudimentaires. L’homme invente en permanence. Tout, autour de nous, rappelle la dimension créatrice de l’homme, ou plutôt de son cerveau. Aujourd’hui, à en juger par le nombre d’articles scientifiques, de journaux, de blogs et de sites internet, la créa­tivité a particulièrement le vent en poupe. C’est même une valeur montante de nos sociétés, en constante évolution scientifique, technique et culturelle. De sorte que nous devons toujours nous adapter à un environnement changeant.

Rares sont les personnes qui, pendant 40 ans, ont travaillé dans la même entreprise – ou ont vécu avec le même partenaire… Nous changeons régulièrement de société, de poste, voire passons à tout autre chose après 10 ans dans un même domaine. Parfois, nous cumu­lons plusieurs emplois. La bonne nouvelle, c’est que nous disposons tous des compétences pour faire face aux divers changements de nos vies professionnelles et personnelles. En appre­nant à faire preuve de créativité justement.

Face à un problème que nous ne parve­nons pas à résoudre avec nos connaissances, nous devons être créatifs. Selon les scienti­fiques, la créativité est la capacité à produire une idée, un concept ou un objet, qui soit à la fois nouveau, original et adapté à la situa­tion. Ce qui n’est pas exactement synonyme d’intelligence. En effet, être intelligent, c’est trouver une solution ou une réponse en se fondant sur ses connaissances. L’innovation ne se résume donc pas à l’intelligence.

À la fin des années 1960, le psychologue américain Joy Guilford a proposé un modèle pour résoudre un problème de façon créative. Il comprend plusieurs phases. D’abord, nous devons être attentifs à la situa­tion et y réfléchir. Ensuite, il s’agit de pro­duire de multiples idées, de les confronter ou de les associer, puis de choisir la bonne. Pour ce faire, deux types de pensées alternent : la pensée «divergente», la recherche de nom­breuses idées, et la pensée « convergente », la focalisation sur l’une d’elles.

Dans ce modèle, il y a parfois des périodes de déconnexion ou phases d’incubation : nous devons arrêter de penser au problème et à sa résolution, ou nous distraire, pour faire fonc­tionner les processus d’intégration non consciente qui permettent de lier les informa­tions nouvelles à celles déjà mémorisées. C’est souvent quand nous pensons à autre chose, que nous rêvassons, ou même dormons, que l’idée de génie surgit ! Des moments d’évalua­tion s’intercalent aussi entre ces phases : l’idée est-elle efficace ? Correspond-elle aux attentes ? Va-t-elle plaire au public?

Toute « création » dépend en effet du contexte dans lequel elle apparaît, de l’époque, et donc de la société. De sorte que tout le monde l’évalue: les experts du domaine, les amateurs et les individus lambda, futurs utili­sateurs de la nouvelle idée. Parfois, la société n’adhère pas à l’innovation. Chacun sait que Galilée, après Copernic, a soutenu l’idée selon laquelle la Terre tourne autour du Soleil et non l’inverse, et que l’élite religieuse dans son temps a refusé de le croire et l’a fait condamner.

Une idée ne représente une innovation que si elle est acceptée par le plus grand nombre. Quand le public n’est pas prêt à la recevoir, elle disparaît… mais réapparaît parfois des années plus tard et semble alors tout à fait novatrice ! Et ce, quel que soit le domaine de création : les sciences, la littérature, la peinture… Par exemple, Vincent van Gogh, John Kennedy Toole, Amedeo Modigliani, Camille Claudel, Évariste Galois n’ont été reconnus, et leurs créations appréciées, qu’après leur mort.

Créatif avec un «grand C»

Comment apporter un souffle nouveau à notre société – ou à la suivante ? Doit-on être un génie? Selon plusieurs théories, il existe différents niveaux de créativité. En 2006, le psychologue hongrois Mihâly Cslkszentmihàlyi a distingué la créativité avec un « petit c », qui correspond à celle dont nous faisons parfois preuve dans notre vie quotidienne, de la créa­tivité avec un « grand C », qui se rapporte aux créations ayant un impact fort sur la société.

En 2009, le psychologue James Kaufman, de l’Université du Connecticut, et le profes­seur d’éducation Ronald Beghetto, de l’Uni­versité de l’Oregon, sont allés encore plus loin. Pour eux, la créativité avec un « mini c» cor­respond aux explorations que tout individu réalise face à des expériences nouvelles. Ce sont par exemple les débuts d’un apprentis­sage. Les créations « petit c » sont des actes plus réfléchis et élaborés, reposant sur des objectifs personnels et donnants lieux à des pro­ductions moins fréquentes. Les idées «pro c» se rapportent quant à elles aux productions d’un expert dans son domaine, mais elles n’ont pas forcément un impact sur la société. Enfin, les créations avec un « grand C » sont celles qui ont marqué leur époque.

Souvent, les enfants et les adolescents font preuve de créativité avec un mini c et un petit c, car ils explorent et apprennent en per­manence. Parfois cependant, dès le plus jeune âge, certains proposent des oeuvres remar­quables – pensons à Mozart. Mais d’une façon générale, la créativité ne concerne pas seulement les génies artistiques ou scienti­fiques reconnus pour leurs grandes inven­tions et leur intelligence. Tout individu peut être créatif, tous les jours, en fonction de sa personnalité, de ses aptitudes cognitives, de scs comportements et de son environnement.

En 1995, le psychologue cognitif américain Robert Sternberg et le professeur de psycholo­gie à l’Université Paris-Descartes, Todd Lubart, ont précisé les facteurs influant sur le potentiel créatif : les aptitudes cognitives correspondant aux capacités intellectuelles et à celles propres à la créativité (telle la flexibilité mentale), la personnalité (par exemple l’excentricité) et la motivation, les émotions et sentiments, mais également des facteurs environnementaux tels que la famille, l’école, le travail et la culture.

Chaque facteur stimule ou freine notre acti­vité créative. Par exemple, l’environnement culturel dans lequel nous baignons depuis l’enfance modifie notre créativité. Souvent, dans les grandes villes, les enfants développent une imagination artistique plus importante que les enfants à la campagne. À l’inverse, ces derniers sont plus créatifs dans d’autres domaines, tel l’environnement naturel.

L’école de la créativité

La créativité est donc inhérente à tous les domaines de l’intelligence, voire de la pensée, en considérant la théorie des intelligences multiples de Howard Gardner. Ce psycho­logue du développement à l’Université Harvard a proposé en 1983 que l’intelligence se décompose en huit catégories, chaque indi­vidu ayant plus ou moins de capacités dans ces domaines (voir l’encadré ci-contre). Dès lors, l’éducation, par la famille, l’école, etc., devrait s’appuyer sur les différences d’intelligence des enfants pour développer leur créativité !

C’est le chemin que tente de prendre l’ensei­gnement. Aujourd’hui, dans les objectifs annoncés par les gouvernements, l’école doit permettre à l’enfant de se construire afin qu’il s’adapte au monde et soit créatif. Il ne s’agit pas seulement d’augmenter ses connaissances et ses compétences en mathématiques, français, physique, histoire… Il doit aussi apprendre à collaborer et à résoudre des problèmes.

Aux États-Unis, l’organisation Partnership for 2lst century skills considère que l’ensei­gnement doit favoriser le développement de quatre compétences: la pensée critique et la résolution de problèmes, la communication, la collaboration, et la pensée créative. En France et en Europe, le Programme interna­tional pour le suivi des acquis des élèves (PISA) envisage, depuis 2000, d’évaluer la créativité des élèves, en se focalisant notam­ment sur les capacités de pensée divergente.

Il est donc important, dans nos sociétés en changement incessant, de stimuler la créativité des élèves, afin qu’ils deviennent des adultes capables de s’adapter à leur environnement. Avec cet Essentiel Cerveau & Psycho, vous com­prendrez tout l’intérêt d’être créatif et com­ment le devenir, dans n’importe quel domaine. Notre cerveau ne cesse d’évoluer, multipliant les innovations. Nous ne sommes pas près de retourner dans les cavernes…

Différentes formes d’intelligence

  • L’intelligence logico-mathématique
    Faculté de calculer, mesurer, analyser, raisonner, et de résoudre des problèmes mathématiques et scientifiques.
  • L’intelligence visuelle-spatiale
    Faculté de se représenter mentalement le monde.
  • L’intelligence interpersonnelle
    Faculté d’agir avec autrui de façon correcte et adaptée 
  • L’intelligence corporelle-kinesthésique
    Faculté d’utiliser son corps pour exprimer une idée, un sentiment ou réaliser une activité physique.
  • L’intelligence verbale-linguistique
    Faculté de penser avec des mots et d’utiliser un langage pour exprimer ou comprendre des idées complexes.
  • L’intelligence intrapersonnelle
    Faculté de se connaître, de former une représentation de soi précise et fidèle, et de l’utiliser dans la vie quotidienne.
  • L’intelligence musicale
    Faculté de penser en rythme et en mélodies, de reconnaître des modèles musicaux, de les interpréter et d’en créer.
  • L’intelligence naturaliste
    Faculté de classer les objets, de les différencier, d’être sensible au vivant et de comprendre l’environnement où l’homme évolue.

 

Source : Magazine L’Essentiel cerveau et psycho n°22 – 2015