Etre grands-parents aujourd’hui

 

Compte-rendu de la conférence du 26 mars chez Malakoff Mederic (Marseille)

Animée par Samia Abdelmoumen (Sophrologue) et Maurice Cohen (Praticien méthode Surrender)

 

Introduction

Les temps ont changé, la grand-parentalité est à inventer et à s’adapter au contexte socio-culturel actuel. Etre grands-parents aujourd’hui n’est plus lié à la reproduction d’un modèle, mais plutôt de vivre au mieux une nouvelle manière de faire avec les autres générations.

Dans ce contexte, les grands-parents restent :

  • des figures essentielles de l’enfance,
  • des piliers de la famille.

Ils apportent une sécurité affective aux enfants, symbolisent un rempart sur lequel s’appuyer et les racines sur lesquelles grandir et évoluer. Par leur expérience et ce qu’ils transmettent, ce sont des éclaireurs de vie.

Les temps changent, la famille évolue

Aujourd’hui, la notion de famille est en pleine évolution, elle est variée :

– dans ses nuances psychologiques

– ses rôles affectifs et sociaux

– ses rapports humains.

La famille s’articule autour de l’idée de l’accomplissement personnel, qu’il s’agisse du sien propre ou de celui de ses enfants, qu’il soit parent et/ou grand-parent. Les liens se transforment en des relations plus personnalisées reposant principalement sur l’affectivité, la complicité, le plaisir et des valeurs inaliénables.

À travers sa relation aux grands-parents, l’enfant se forge une image qu’il conserve à l’âge adulte, lorsqu’il devient parent et même plus tard grands-parents.

Changement de statut 

On peut désirer devenir grand-père ou grand-mère, mais on ne choisit pas le moment. Peu importe l’âge auquel on devient grand-parent, l’arrivée d’un petit-enfant nous confronte au vieillissement.

Nous passons le début de notre vie tournée vers l’avenir, l’idée étant d’atteindre des objectifs, d’aller de l’avant, de tenir le cap. Et soudainement, on se doit d’accepter de devenir « grand-père » ou « grand-mère » et suivre un cheminement dynamique qui offre la possibilité de tenir plusieurs rôles.

Devenir grand-parent, c’est assumer plusieurs rôles, par ce changement de statut on est délogé de sa place dans la génération et tout en devenant grands-parents, on continue à être parents, mais d’enfants adultes devenus parents.

Ainsi, 2 générations de parents se trouvent à partager la vie d’un nouvel enfant. Cela ne signifie point qu’ils partagent les mêmes points de vue sur la vie en général.

Dans ce contexte, la relation se base sur l’équilibre entre les rôles du passé et ceux du présent. Après la naissance de l’enfant, la qualité des relations intergénérationnelles est en grande partie déterminée par le lien que partageaient ces personnes avant l’arrivée de ce nouveau membre dans la famille.

Lorsqu’elle est positive, que les relations avec les enfants ont été simples, la grand-parentalité est vécue dans la continuité de ce parcours biographique. Que les mésententes soient réglées ou non, l’objectif est de tourner la page sur le passé et de recommencer la relation sur de nouvelles bases.

Ainsi, la naissance d’un enfant apparait comme un moment privilégié pour reconstruire le lien et rétablir les rapports entre les générations.

Conscient du changement de rôle, le grand-parent, va vouloir être présent et développer des relations intimes et significatives avec ses petits-enfants. La naissance d’un petit-enfant éveille le sens nourricier du grand-parent, elle lui assure une certaine immortalité, non pas physique mais affective et mémorielle. Elle prolonge la lignée et donne du sens à la continuité de sa vie

Le petit-enfant « devient l’élément fondateur, celui qui “fait famille” ». Il opère un changement important de rôle, une modification des places dans l’ordre généalogique. Que ce soit les nouveaux parents ou les nouveaux grands-parents, ils doivent apprivoiser leur nouveau rôle et leurs nouvelles responsabilités.

La transmission

Effectivement, dans toutes les cultures, les grands-parents jouent un rôle de transmission qui permet au jeune enfant d’intégrer le sentiment d’appartenance. Autrefois, cette transmission se faisait dans le sens grands-parents / petits enfants, à présent elle est réciproque car elle correspond au contexte dynamique actuel.

La transmission est en fait omniprésente si on lui attache une certaine importance

  • elle ne s’organise pas,
  • c’est une expérience qui se vit en temps réel et au présent
  • avec toutes les personnes avec lesquelles nous sommes en lien,
  • par tous les moyens de communication à notre disposition.

Il est naturel de vouloir défendre ses idées, ses convictions, ses valeurs ou ses traditions. Cependant, il est important d’accepter qu’elles puissent ne pas être adoptées par ses enfants.

La transmission intergénérationnelle et transgénérationnelle de cette mémoire familiale est vitale pour les plus jeunes. C’est un beau cadeau des grands parents.

Le lien intergénérationnel et le lien transgénérationnel 

Au fur et à mesure du développement de l’enfant se créent des liens qui vont s’intérioriser et qui vont faire partie de son existence.

Les grands-parents vont ainsi avoir sur l’enfant une influence durant toute sa vie et participer à son univers mental, et ce, même si les relations n’ont pas été toujours soutenues.

La qualité du lien influence le transgénérationnel et l’intergénérationnel.

Le lien intergénérationnel concerne les générations (vivantes) se connaissant et se côtoyant dans une même vie ; cela concerne ce qui est connu et consciemment transmis. Il traverse le temps et toutes les classes sociales.

Le lien transgénérationnel concerne l’histoire familiale,  sur plusieurs générations parfois lointaines, dans ce qui est connu et non connu, parce que caché ou non résolu. 

Lorsqu’il y a des dysfonctionnements dans sa famille, on peut interroger le lien transgénérationnel pour y trouver des réponses ou un éclaircissement.

Ainsi, la naissance d’un enfant peut :

  • raviver des souffrances  
  • exacerber certaines sensibilités
  • engendrer de nouveaux conflits entre parents et grands-parents.

Et il arrive que certains enfants gardent à l’âge adulte une relation difficile avec un ou leurs deux parents.

Dans chaque famille, il y a des blessures et des vécus douloureux qu’on aimerait bien oublier et qu’on ne sait pas comment aborder. Les secrets, les non-dits s’expriment au travers des générations par des savoirs être ou des comportements qui ne sont pas toujours compris.

Aujourd’hui, les scientifiques expliquent que notre ADN ne porte pas uniquement les informations relatives à l’héritage biologique mais aussi celui lié au caractère émotionnel de l’histoire familiale. Cela peut entrainer une transmission de peurs, de certains ressentis et de de comportements chez l’enfant sans qu’on en comprenne les raisons.

Nos petits enfants vont venir questionner leurs racines, leurs origines. Lorsqu’il y a des problèmes sérieux entre les parents et les grands-parents, que se passe-t-il pour les petits-enfants ?

L’influence du lien énergétique

Dans la famille la transmission est une source importante d’évolution, une forme de coopération, un passage de main intergénérationnel. Le lien biologique entre parents, enfants et petits-enfants  va bien au-delà du lien émotionnel puisqu’il est également énergétique.

En fait, notre corps est un système de coopération autonome qui est le reflet de ce que devrait être nos échanges avec la famille et l’environnement. C’est un gigantesque réseau de coopération totale et permanente : chaque élément de l’organisme (du plus petit au plus grand) assure son propre rôle tout en interagissant avec l’ensemble.

Des millions d’informations sont décodées en permanence afin de permettre la synthèse, l’assimilation ou au contraire la dégradation de ces milliers de composés chimiques et de maintenir les conditions de fonctionnement optimales du corps humain.

Ce sont les émotions qui nous mettent en lien. Elles représentent un mouvement énergétique qui s’effectue à l’intérieur de nous, une information parcourant notre métabolisme qui peut générer une mémoire et un schéma de fonctionnement.

Chaque émotion est liée à un organe :

– la colère au foie-VB

– la tristesse aux poumons et GI

– la peur aux reins

– la joie au cœur

– l’inquiétude à la rate-estomac

Nos expressions les plus courantes définissent aussi ce lien énergétique :

– Atomes crochus

La structure de nos cellules diffusent de l’énergie électrique qui leur permet de communiquer ensemble, comme des aimants, elle s’attire pour rependre de l’information qui au départ est magnétique.

– Colère qui se diffuse

Lorsque notre colère apparait c’est tout notre métabolisme qui raisonne magnétiquement de cette émotion à l’intérieur du corps par l’eau qui nous compose (soit 85 %) mais aussi à l’extérieur par  des particules magnétique appelées « photon » : la lumière.  

Comme tous les atomes, l’eau comme la lumière sont magnétiques et communiquent entre elles tout le temps. Plus précisément, et par extension, le sentiment d’amour nourrit le lien et génère un bien-être physique et mental.

Ce n’est pas l’amour romantique, c’est l’amour inconditionnel comme celui que peut ressentir une mère pour son enfant. Lorsqu’on ressent un sentiment d’amour, le métabolisme sécrète de l’ocytocine, hormone de l’attachement et de la socialisation.

En Médecine Traditionnelle Chinoise, l’énergie du cœur régule toutes les émotions. En cohérence cardiaque, c’est encore le cœur qui influe sur l’échange d’information cœur-cerveau. C’est donc, le cœur qui est maître d’œuvre et le cerveau qui est exécutant.

Nourrir cette énergie du cœur apaise le mental, nous permet de prendre de la distance par rapport à notre vécu et d’avoir un comportement plus adapté.

Partager c’est mettre en commun

  • choisir de donner et de recevoir  
  • être responsable de cet échange.

C’est donc cette sensibilité énergétique qui nous permet de reconnaitre le lien qui nous unit tel l’empathie, l’amour, la gratitude. C’est donc aussi cette posture qui nourrit la relation dans la famille si elle est partagée.

 Nourrir le lien (la relation)

La qualité des relations familiales a une influence majeure

  • sur le bien-être
  • le vivre ensemble.

Elle sauvegarde le lien. 

Elle s’appuie sur des choses fondamentales telles que :

  • Comprendre
  • Ecouter
  • Echanger
  • Dialoguer
  • Accepter
  • et parfois pardonner

afin de nouer des liens solides et nourrissants qui faciliteront la transmission aux petits enfants et aux enfants.

C’est la meilleure façon pour éviter les cassures majeures qui peuvent conduire à la rupture.

Les rôles bougent tout le temps, un parent ne peut pas se comporter de la même façon avec son enfant quand il est :

  • bébé
  • adolescent
  • jeune adulte
  • et quand il devient père ou mère.

Tout en restant parent, il est important d’accepter que son enfant le devienne à son tour. Il prend un nouveau rôle que nous ne lui connaissons pas et il est important d’avoir foi en ses nouvelles compétences et de le considérer être à la hauteur.

La qualité de toute relation est basée sur le savoir être et le savoir-faire, les malentendus ou les tensions trouvent leur source dans notre incompétence à savoir communiquer.

Nous avons appris les règles sociales (dire bonjour, la politesse, ou la courtoisie…) mais nous n’avons pas appris à communiquer. Communiquer, c’est mettre en commun et cela implique l’être dans sa globalité : physique, mentale, émotionnelle et énergétique.

On pense que le lien affectif suffit pour établir une bonne relation, pour cela, il est vital de la baser sur le cœur. Malgré le lien affectif, une escalade émotionnelle peut se produire. Nous avons appris à éviter les conflits alors que ce sont des occasions qui nous permettent de mettre en lumière les divergences ainsi que la possibilité de se rapprocher et d’être solidaire.

Les nier ou les museler, c’est faire place à une déflagration qui peut se produire à tout moment et causer des blessures. Les dissensions sont le point de départ pour mieux éclairer les modèles de références réciproques. Les malentendus permettent à chacun de comprendre de quelle façon l’autre interprète le monde, quelles sont ses valeurs et ses attentes.

Pour faciliter cette compréhension réciproque, une ressource est indispensable : l’ouverture d’esprit qui permet de ne pas  considérer son point de vue comme la seule vérité possible.

Le contexte sociétal actuel fragilise les liens familiaux générant des situations d’isolement , de crises et parfois de ruptures. S’adapter devient crucial.

Le rôle des grands-parents a évolué, il a pris une importance nouvelle, sous l’effet de grands changements sociaux importants tels que :

  • l’évolution des moeurs parentales
  • la diversification des modèles et des formes de familles

Dans les conflits d’adultes entre adultes, on oublie que la victime principale de ces ruptures est bien sûr l’enfant et l’adolescent auquel on ne pense pas assez et qui se trouve pris au centre des tourmentes intergénérationnelles, occasionnant ainsi pour lui des souffrances, une perte de confiance dans les adultes, des conflits de loyauté importants et une impression d’absence de sécurité.

L’enfant est une branche et un bourgeon à part entière de sa famille et il a besoin de se nourrir de ses racines car pour savoir qui il est et où il va, il doit d’abord savoir d’où il vient.

Rester en lien

Dans le contexte actuel où les enfants et adolescents sont experts dans les outils de communication, c’est l’adulte qui est responsable du lien, il doit donc s’adapter à cette façon de communiquer.

Aujourd’hui, on dispose de moyens de communication technologiques qui nous permettent de réduire les distances et de rester en lien.

C’est la meilleure façon participer au quotidien de l’enfant et nourrir son lien avec lui.

Internet, sms, les réseaux sociaux ou skype ont transformé les relations entre petits-enfants et grands-parents par un rapprochement relationnel et redonne une importance à l’écriture télégraphique ou pas qui s’était perdue un temps avec le téléphone.

Chaque technologie définit un lot d’avantages et d’inconvénients, favoriser ce choix va redéfinir le mode de communication familial. Lorsqu’il y éloignement géographique, on peut décider de se retrouver en famille sur skype. On se voit, on se parle, on observe (expressions, comportements, gestes, intonation…). On a le son et l’image, presque comme dans la réalité. On peut partager des instants de vie, la communication et l’échange sont plus vivants.

L’enfant se familiarise avec le visage de ses GP et apprend à les reconnaitre, il s’adapte facilement à ce mode de communication parce qu’il est direct/instantané et visuel. L’enfant ne fait pas la différence entre le virtuel et le réel, seul le lien est important pour lui.

L’important dans ces outils de communication c’est de rester en lien en réduisant la distance pour sauvegarder la relation. Chaque technologie pourra sans aucun doute apporter des solutions de lien, il appartient à chacun de prendre soin de son contenu dans une belle intention, en respectant les limites raisonnée ou raisonnable d’un consensus familial.

Le rôle d’éducation des grands-parents, limites à respecter

Les grands-parents ont un rôle complémentaire dans l’éducation de l’enfant.

Durant ces dernières décennies a émergé une nouvelle forme de parentalité dite positive / bienveillante qui considère l’enfant comme une personne

et propose les conditions nécessaires à son épanouissement.

Les parents qui se sont engagés dans la recherche d’une qualité de vie prônant des valeurs fortes vont naturellement décider d’éduquer leurs enfants selon ces principes :

– respect de l’enfant

– éducation basée sur le dialogue et le consensus

– absence de punition pour privilégier la responsabilisation de l’enfant

– apprentissage du vivre ensemble et du respect de l’autre…

Admettre que le système d’éducation que nous prônons n’est pas le système de référence.

Il arrive aussi que des parents adoptent un système éducatif jugé permissif en réaction à l’éducation qu’ils ont reçue et qu’il leur a semblée répressive.

Dans ce contexte, il est préférable de trouver un consensus :

  • faire réfléchir les parents sur leur responsabilité vis-à-vis de l’enfant
  • proposer son aide ou son soutien

Cette démarche constructive offre un cadre solidaire. 

Entrer en compétition avec ses enfants reviendrait à dire qu’on a pas fini de les éduquer, or cette fonction est terminée, son rôle de parents est terminé. Il s’agit de trouver le meilleur équilibre pour permettre à chaque génération de rester à sa place, pour que le rôle des grands-parents n’empiète pas sur celui des parents.

Les responsabilités ne sont pas les mêmes. Les grands-parents ont tenu leur rôle d’éducateurs auprès de leurs enfants et peuvent désormais revendiquer et savourer une relation affranchie des responsabilités parentales. Leur rôle à présent est d’offrir à l’enfant un temps et un lieu de ressourcement où il pourra vivre selon d’autres règles et expérimenter d’autres façons de faire.

 

Pour conclure

Chaque nouvelle étape de la vie apporte son lot de questionnements, des changements de rôle et de responsabilités. Il en est de même lorsqu’on devient grands-parents.

Le rôle des grands-parents est plus complexe que celui des parents,

  • parce qu’il implique un plus grand nombre de personnes
  • et que les attentes face à ce rôle sont à définir selon le contexte familial.

Il n’existe pas de mode d’emploi, c’est l’expérience personnelle qui façonne le rôle qu’on veut tenir dans la biographie familiale.

  • Qu’est-ce qui est important pour moi ?
  • Qu’est-ce que je veux transmettre à mes petits-enfants ?
  • Quels souvenirs ou/et quelle image je voudrais qu’ils conservent de moi ?…

Se poser ces questions est une façon de questionner sa posture de grand-parent, grand-mère ou grand-père, de préserver et nourrir le lien. 

Aucune relation n’est acquise, que ce soit avec ses enfants devenus parents ou ses petits-enfants, le lien a besoin d’être nourri avec le cœur.

 

Par Samia Abdelmoumen (Sophrologue, praticienne EFT, auteure et conférencière)