Harcèlement à l’école : la violence au quotidien

Quelles sont les différentes formes de harcèlement scolaire ?

On parle de harcèlement scolaire lorsque des actes (coups, agressions à caractère sexuel) ou des paroles violentes et humiliantes sont répétés à plusieurs reprises contre un élève. Il ne faut donc pas confondre le harcèlement scolaire avec une bagarre ponctuelle ou une simple querelle de préau ! Il faut aussi savoir que, de nos jours, le harcèlement des jeunes dépasse de plus en plus souvent le cadre scolaire. Beaucoup de victimes sont en effet poursuivies jusque sur les réseaux sociaux : on parle alors de cyber-harcèlement, hélas assez fréquent chez les adolescents…

À quel âge le harcèlement scolaire peut-il commencer ?

Malheureusement, le harcèlement scolaire peut débuter très tôt, dès l’école maternelle. Toutefois, il se manifeste plus souvent durant les années charnières, comme la sixième qui marque l’entrée au collège. Les harceleurs cherchent alors à s’imposer comme des « dominants » aux yeux de leurs nouveaux camarades de classe, bien souvent d’ailleurs pour ne pas être harcelés eux-mêmes… Sans parler des élèves des classes supérieures, qui ne sont pas toujours très tendres avec les « petits » !

Les victimes ont-elles un profil particulier ?

Il n’existe pas de profil type, mais généralement, les victimes de harcèlement scolaire ont quelque chose de différent. Il peut s’agir de la couleur de leurs cheveux, de leur poids, d’un problème d’élocution comme le bégaiement… Les enfants réussissant très bien à l’école ou, au contraire, ayant de très mauvais résultats peuvent également être choisis comme cibles. On peut en dire autant du nouvel élève, tout juste arrivé en classe suite à un déménagement…

Et les harceleurs ?

Là encore, il n’y a pas de profil psychologique gravé dans le marbre, mais les enfants harcelant leurs camarades sont souvent en souffrance psychologique : ils cherchent à réparer leur ego en dominant les autres, ou reproduisent sur eux ce qu’ils ont eux-mêmes vécu. Dans les faits, beaucoup de harceleurs ont d’abord été eux-mêmes victimes de harcèlement scolaire : en passant du côté des bourreaux, ils se sentent plus forts et, d’une certaine façon, « protégés ».

Quels signes doivent alerter ?

Si votre enfant est victime de harcèlement à l’école, il est fort possible qu’il ne vous le dise pas directement. Cependant, certains signes peuvent vous mettre sur la piste, notamment si votre enfant ne veut plus aller à l’école par exemple. De même, méfiez-vous si ses affaires sont trop souvent abîmées ou « perdues » : certes, la maladresse peut expliquer certaines choses, mais elle a ses limites ! Si vous avez un doute, lui demander directement s’il est harcelé débouchera rarement sur une réponse franche : les enfants préfèrent souvent répondre « non » pour ne pas inquiéter leurs parents. Par contre, vous pouvez emprunter des chemins plus détournés : parlez-lui du harcèlement scolaire en lui disant que vous vous demandez parfois si tout se passe bien dans son école, et qu’au besoin, vous serez toujours là pour l’aider.

Qu’est-ce-que le harcèlement ?

Le harcèlement dont peut être victime un écolier peut prendre différentes formes : il peut s’agir de violences physiques (coups, blessures), psychologiques (moqueries, menaces, gestes et mots blessants, etc.), ou encore sexuelles. Généralement, un ou plusieurs élèves – parfois même des adultes ou professeurs – exercent ces violences sur un autre élève qui ne peut se défendre. Mais « dans tous ces cas de harcèlement, la violence psychologique reste omniprésente« , précise Hélène Romano, psychologue. 

Dans chaque type de harcèlement, la violence psychologique est toujours présente. Il est important de distinguer également le harcèlement de la violence. Parfois, il arrive en effet que des enfants se bagarrent ou montrent une attitude violente, mais sans volonté de harceler l’autre. 

Des actes de violence répétés

« Dans le cas d’un harcèlement, il y a une notion de durée et d’intention de nuire« , explique la psychologue. Il s’agit en effet d’un acte répété, qui s’inscrit dans le temps et qui est fait dans le but de blesser l’autre. D’ailleurs, si une personne porte plainte pour harcèlement, il lui faudra prouver que ce n’est pas la première fois que cet acte se produit et qu’il est intentionnel.

Quelles peuvent être les conséquences sur l’enfant ?

Les conséquences du harcèlement sont majeures pour l’enfant : certaines sont immédiates, d’autres apparaissent plus tard si rien n’est fait. 

L’école est un lieu où l’enfant doit se sentir protégé. Mais subitement, lorsqu’il est harcelé, cet endroit devient dangereux pour lui. Résultat : il se sent en permanence menacé et cela a un impact sur son développement et son quotidien : il dort mal et a des difficultés à se concentrer en cours. Parfois aussi, l’enfant présente des troubles post-traumatiques liés au stress ou à l’angoisse car il doit constamment être vigilant et cela l’épuise. Il peut également faire des cauchemars, développer de l’eczéma, perdre ses cheveux, avoir des dérèglements hormonaux, notamment pour les filles (retard de règles par exemple), voire un retard de croissance.

Au niveau du comportement, l’enfant est perturbé puisque tout ce qui l’entoure est mis en danger. Par conséquent, l’enfant harcelé réagit souvent avec inhibition. Il se met en retrait et joue seul. Certains enfants peuvent devenir agressifs et dangereux, souvent vis-à-vis d’eux-mêmes. 

Hélène Romano, psychologue explique que pour certains, les cicatrices sont majeures et peuvent perdurer jusqu’à l’âge adulte. « Etant donné qu’il a une difficulté à faire confiance aux personnes qui l’entourent, l’enfant harcelé aura tendance à se méfier au point de devenir par la suite phobique. Certains enfants n’arrivent pas à sortir de chez eux et une fois adultes, ils peuvent avoir un sentiment de panique en repassant devant leur collège« .

L’importance de la confiance en soi

Tous les enfants ne sont pas égaux. Par exemple, un enfant harcelé qui s’exprime bien, qui est valorisé par ses parents, qui a confiance en lui et se sent sécurisé, parviendra mieux à se défendre face à ses agresseurs qu’un enfant qui doute de lui-même et dont les parents ne cessent de lui répéter qu’il est incapable, voire nul… Ce dernier conclura alors que ses agresseurs « ont raison », et qu’il l’a « sûrement mérité ». Le danger, c’est qu’il ne se confiera pas aux adultes, tandis que le premier, qui se sent soutenu et sûr de lui, pensera que les autres se trompent.

Lorsque le harcèlement est sexuel, le traumatisme est encore plus impactant, d’autant qu’il s’agit souvent de proches ou de personnes de confiance qui agissent. Encore une fois, la confiance en l’autre est rompue. L’enfant peut ressentir davantage d’injustice lorsque son harceleur reste impuni.

Pour cela, « il est important de permettre aux enfants de retrouver leur estime de soi en les valorisant » précise Hélène Romano. Il peut s’agir de paroles ou tout simplement d’activités sportives qui les mettront en valeur et leur feront prendre conscience de ce dont ils sont capables.

Quels signes doivent alerter les parents ?

Généralement, un enfant harcelé vit un véritable mal-être : il est irritable, fatigué, n’a plus trop d’appétit et se renferme sur lui-même. Mais à cet âge, il peut se sentir mal pour de nombreuses raisons ! Il n’y a pas réellement de signes spécifiques qui pourraient mettre la puce à l’oreille. Certains parents confient parfois : « j’ai bien vu qu’il était mal depuis quelques temps, mais je mettais cela sur le compte de l’adolescence !« .

Comment se rendre compte alors que son enfant est victime de harcèlement ? 

Selon Hélène Romano, psychologue, 2 points peuvent alerter les adultes.

L’isolement : « l’enfant ne veut plus aller à l’école et reste seul dans son coin. Il n’est pas invité aux anniversaires de ses petits camarades, et n’a les coordonnées de personne. D’ailleurs, s’il manque un cours et qu’il souhaite le rattraper, il ne saura pas qui contacter« , explique la psychologue. 

Sa crainte de retourner à l’école peut se transformer par des angoisses, des maux de ventre ou des nausées. Certains développeront même des stratégies afin de ne pas se retrouver seul sur le trajet, en demandant à leur parent de les accompagner exceptionnellement et de venir les chercher à la sortie. Ils éviteront également le car scolaire et le midi, tenteront de manger le plus rapidement possible à la cantine pour mieux s’isoler, etc.

L’attaque sur le matériel : voici un autre élément qui peut alerter les parents sur le fait que leur enfant peut être victime de harcèlement à l’école. « S’il demande régulièrement une nouvelle trousse, qu’il perd son cahier de correspondance ou qu’il tombe régulièrement dans une flaque d’eau, s’il perd son manteau et que ses vêtements sont régulièrement tâchés d’encre ou troués… Il peut s’agir d’un enfant très maladroit, mais aussi d’un enfant victime de harcèlement« . 

Comment en parler avec son enfant ?

Il faut savoir qu’un enfant victime d’harcèlement n’osera pas ou difficilement en parler de lui-même à ses parents. Et même si ce n’est pas lui qui aborde le sujet, il ne répondra pas la vérité de peur de décevoir. A la question (un peu trop directe) « es-tu harcelé à l’école ?« , l’enfant répondra « non« , ou confirmera que tout se passe bien à l’école… Une manière de rassurer son entourage qui s’inquiète à son sujet. Donc plutôt que d’en parler trop directement avec lui, la psychologue conseille de parler de ce que l’on ressent en tant que parent et  d’aborder le sujet de manière à ne pas impliquer son enfant directement :

« Je sais que dans certaines écoles, il y a des cas de harcèlement… Je me demandais si dans ton école, c’était la même chose et s’il y avait des enfants qui t’embêtaient parfois ?« . Il faut également que le dialogue soit constructif, conseille Hélène Romano. L’enfant doit comprendre qu’il peut compter sur ses parents et que dans un tel cas, ils seraient présents pour l’aider, le soutenir, et faire les démarches nécessaires pour que ce harcèlement s’arrête. 

Comment sensibiliser les autres enfants, ceux qui harcèlent ?

Lorsque les établissements sont partants, des ateliers permettent d’aborder le sujet avec des dispositifs individualisés. 

Par ailleurs, on distingue plusieurs profils de « harceleurs » : ceux qui ont été eux-mêmes harcelés ou qui sont victimes de violences à la maison ; ceux qui suivent le mouvement, mais qui sont tout de même désolés des conséquences ; et enfin, les harceleurs qui n’éprouvent aucune empathie. Ces derniers n’ont pas intégré les interdits sociaux ou les valeurs de respect et n’ont aucune sensibilité.

Ainsi, « les meneurs sont les plus difficiles à prendre en charge mais il est important de pouvoir les repérer pour mieux les isoler« , précise la psychologue. En effet, lorsqu’on travaille avec les autres enfants, le meneur se retrouve alors isolé et ne peux plus exercer autant de pouvoir sur sa victime.

Le harcèlement scolaire laisse plus de séquelles que la maltraitance

Une étude montre que les différentes pressions subies par un adolescent ont des conséquences durables sur sa vie, surtout quand elles proviennent de gens de leur âge.

Angoisse, dépression, tendance à la scarification voire au suicide, les adolescents victimes de harcèlement continuent à souffrir, une fois adultes, de symptômes persistants. Et les violences répétées, insultes, rejet social, rumeurs ou coups, laissent plus de traces quand ils sont portés par d’autres jeunes gens que par des adultes, dévoile une étude menée au États-Unis et au Royaume-Uni et publiée dans le magazine The Lancet. Elle montre que, sur le long terme, la violence d’autres adolescents a des conséquences plus prononcées sur la santé mentale des anciens souffre-douleurs que les pressions exercées par des adultes sur les enfants.

Une surprise pour les chercheurs, cités par CNN, qui attendaient des résultats similaires dans les deux cas. Or l’enquête indique qu’une victime de maltraitance a, par exemple, moins de risque de développer des problèmes psychologiques dus au stress à sa majorité qu’un adolescent harcelé par ses pairs.

En 2016, le gouvernement français a sorti un plan de lutte contre le harcèlement à l’école, phénomène qui touche, selon le ministère, 700.600 enfants du CM2 au collège. Le programme prévoit notamment des formations pour les enseignants.