L’impact de la méditation sur le cerveau

La méditation ralentit-elle le vieillissement du cerveau ?

Oui, si l’on en croit les résultats d’une étude pilote menée par des chercheurs de l’Inserm à Caen et Lyon. En réduisant le stress, l’anxiété, les émotions négatives et les problèmes de sommeil, la méditation ralentirait les changements physiologiques qui conduisent à un déclin des fonctions cognitives. Antoine Lutz (CRNL), qui a participé à cette étude, évoque les perspectives ouvertes par ces résultats.

Régulièrement, des recherches mettent en évidence les effets bénéfiques de la méditation sur la santé humaine. C’est le cas de l’étude pilote menée par des chercheurs de l’Inserm à Caen et Lyon, dont les résultats viennent d’être publiés dans la revue Scientific Reports. « L’étude suggère que la méditation permettrait de réduire ou de retarder de quelques années le vieillissement cérébral », explique Gaël Chételat, directrice de recherche à Caen et première auteure de l’étude.

On sait depuis longtemps qu’avec l’âge le volume cérébral et le métabolisme du glucose, le carburant du cerveau, diminuent, entrainant de ce fait un déclin des fonctions cognitives. On a constaté aussi que ces changements physiologiques étaient exacerbés par le stress et une mauvaise qualité du sommeil, deux facteurs de risque de la maladie d’Alzheimer. En agissant sur le stress et le sommeil, la méditation pourrait ainsi fournir de nouvelles armes pour lutter contre la maladie.

 

Bien vieillir : un enjeu de société

Avec l’augmentation de l’espérance de vie, on observe un vieillissement de la population. Augmenter l’espérance de vie en bonne santé devient donc un enjeu de société. Or la fréquence des problèmes de santé mentale augmente chez les seniors :

50% des personnes âgées ont des problèmes de sommeil.

10 à 15% sont atteint de dépression de fin de vie.

10% présentent une démence.

Ces désordres, le plus souvent chroniques, nécessitent une prise en charge sur le long-terme et ont un impact dramatique sur la qualité de vie des personnes, sur leur entourage, et sur la société. Dans ce contexte, préserver le plus longtemps possible ses fonctions cérébrales devient plus que jamais crucial.

Afin de vérifier cette hypothèse, les chercheurs ont étudié trois groupes de sujets. Le premier était constitué de six « experts », pratiquant la méditation régulièrement et depuis longtemps (15 000 à 30 000 heures). Parmi eux, le moine bouddhiste Matthieu Ricard. Le second groupe était constitué de 67 témoins non méditants, eux aussi âgés en moyenne de 65 ans. Un troisième groupe, plus important, constitué de 186 personnes âgées de 20 à 87 ans a été inclus dans le dispositif pour mesurer les effets classiques du vieillissement sur le cerveau.

 

Gaël Chételat montrant comment la méditation préserve les zones cérébrales impliquées dans la cognition (photo : Chetelat’s Lab).

Les participants ont tous été soumis à un double examen neurologique : l’un, anatomique, par IRM (imagerie par résonance magnétique) ; l’autre, fonctionnel, faisant appel à la tomographie par émission de position (TEP) pour quantifier l’activité métabolique du cerveau. « Ces examens ont permis de mettre en évidence des différences significatives au niveau du volume de la matière grise et du métabolisme du glucose », indique Gaël Chételat. Plus précisément, les résultats montrent que le cortex frontal et cingulaire ainsi que l’insula des personnes pratiquant la méditation sont plus volumineux et/ou ont un métabolisme plus élevé que celui des témoins, et ce, même lorsque les différences de niveau d’éducation ou de style de vie étaient prises en compte. « Or ce sont précisément ces régions qui déclinent le plus avec l’âge », ajoute Gaël Chételat.

 

Antoine Lutz : « On est sur la bonne voie ! »

Chargé de recherche au Centre de recherche en neurosciences de Lyon (CRNL), Antoine Lutz a été un des premiers à mener des études scientifiques consacrées aux effets de la méditation sur l’activité cérébrale. Il a apporté son expertise à l’étude pilote de l’Inserm sur l’impact de la méditation sur le vieillissement du cerveau. Il a été notamment chargé du recrutement des méditants experts et de l’interprétation des résultats. « Ces premiers résultats sont très encourageants, assure-t-il. Ils montrent que nous allons dans la bonne direction. Nous avons bon espoir de les confirmer avec les essais cliniques longitudinaux. » Antoine Lutz participe aussi à la Silver Santé Study, coordonnée par Gaël Chételat à Caen. Il est responsable du « workpackage » Méditation de l’étude. A ce titre, il sera chargé de superviser la mise en œuvre et l’implémentation d’une intervention de méditation de 18 mois spécialement créée pour les personnes âgées et d’étudier 30 méditants expérimentés seniors qui seront comparés à un groupe de contrôles appariés, novices en méditation.

Ces premiers résultats sont encourageants. « En permettant une réduction du stress, de l’anxiété, des émotions négatives et des problèmes de sommeil, qui ont tendance à s’accentuer avec l’âge, la méditation pourrait réduire les effets néfastes de ces facteurs sur le cerveau et avoir un effet positif sur le vieillissement cérébral », explique Gaël Chételat. Mais il est encore trop tôt pour conclure. Il faut maintenant réitérer ces observations sur des échantillons plus large afin d’obtenir des résultats plus robustes. C’est notamment l’objet de l’étude Silver Santé Study, menée au centre d’imagerie Cyceron, à Caen (lire l’encadré ci-dessous).

 

Silver Santé Study : une étude clinique parrainée par Matthieu Ricard

Plusieurs essais cliniques longitudinaux sont actuellement en cours pour mesurer l’impact de la méditation de pleine conscience sur les troubles cognitifs, psychologiques et comportementaux liés au vieillissement. La Silver Santé Study, coordonnée par Gaël Chételat, au centre d’imagerie Cyceron, à Caen, en fait partie. Elle porte sur une population de 150 personnes qui seront suivies pendant dix-huit mois. Elles seront réparties en trois groupes : le premier suivra un programme de méditation adapté aux personnes âgées ; le second, un enseignement à l’anglais (l’apprentissage d’une langue est un facteur protecteur du vieillissement) ; le troisième constituera le groupe contrôle. Au début et à la fin de cette période, les participants seront soumis à des évaluations comportementales, des examens de neuroimagerie et un examen sanguin. De cette manière, il sera possible de repérer d’éventuels changements dans la trajectoire de vieillissement physiologique en fonction du programme suivi. Les résultats sont attendus pour la fin 2019.

 

Source : http://www.cortex-mag.net/meditation-ralentit-vieillissement-cerveau/