Le catastrophisme des nouvelles déprimantes ou le culte de la peur

Les journalistes se complaisent dans le catastrophisme et donnent ainsi une vision déformée de notre monde.

Etes-vous inquiet pour votre avenir et celui de vos proches ? Difficile de ne pas l’être si vous suivez, même vaguement, les médias et les nouvelles du monde. Il n’est question que de violence, de catastrophes, de menaces et de désastres à venir : climatiques, énergétiques, économiques, terroristes, technologiques, médicaux…

Les spécialistes des médias américains ont inventé un terme pour décrire cela: « fear porn » (littéralement la pornographie de la peur).

C’est aussi et surtout l’un des meilleurs moyens d’avoir de l’audience et d’attirer l’attention. La plupart des gens sont fascinés par les menaces et les dangers, ils se sentent ainsi informés et plus vivants.

Mais les journalistes qui se complaisent dans le catastrophisme et la sensiblerie donnent une vision déformée de notre monde et de la réalité, et n’aiment pas trop qu’on le leur rappelle souligne le magazine Reason.

Bien sûr, un avion qui s’écrase, c’est une information. Mais le fait que des dizaines de milliers d’avions arrivent chaque jour à destination en toute sécurité, c’est un miracle, mais ce n’est pas une information valable pour les médias.

Le journaliste Matt Ridley a eu la révélation qu’il consacrait son temps et son attention à des sujets qui déformaient la réalité, et qu’il participait à une désinformation planétaire permanente. Il a donc voulu remettre les choses en perspective et a écrit un livre résolument optimiste qui se veut néanmoins réaliste : The Rational Optimist (L’optimiste rationnel).

Pour lui, son optimiste n’est pas une posture mais une évaluation objective de la trajectoire de l’humanité depuis plusieurs siècles. «J’ai découvert que presque tout s’améliore… même les choses que les gens croient empirer.

On nous a inculqué que l’explosion démographique était inarrétable et les famines inévitables ; que les pesticides allaient réduire notre espérance de vie, que les pluies acides allaient détruire les forêts, que la période glaciaire était de retour, que tout allait mal tourner.».

Pourtant, l’humanité a survécu à toutes les catastrophes et les désastres annoncés, non seulement survécu mais prospéré. La population a considérablement augmenté, et les famines sont devenues de plus en plus rares. Nous utilisons plus d’énergie et dans le même temps l’environnement devient meilleur, notamment dans les pays développés. L’innovation et le commerce améliorent nos vies qui sont de plus en plus longues et nous donnent accès à des ressources intellectuelles et matérielles inimaginables il y a encore quelques décennies.

Google nous informe aujourd’hui sur à peu près tout en quelques secondes et gratuitement. Même les gens dans les pays pauvres ont aujourd’hui un accès à plus d’informations que les riches il y a encore quelques années. Les email sont gratuits tout comme Facebook, Twitter, Instagram et Skype.

La nouvelle économie de partage améliore nos vies : AirBnB et le couchsurfing permettent de partager son logement, BlaBlaCar, Uber ou LeCab de se déplacer à moindre coût, SamBoat ou Vogavecmoi de naviguer sans posséder de bateau…

La sécurité aussi augmente. Aux Etats-Unis, au cours des 40 dernières années, les meurtres ont baissé de 40% et les viols de 80%. Les guerres ont tué moins de monde au cours des dix dernières années que pendant toutes les décennies depuis un siècle et demi qu’on tient cette comptabilité macabre.

Mais les médias continuent à vendre de la peur et c’est en grande partie ce qui garantit leur succès. «Les gens sont bien plus intéressés par ce qui va mal», explique Ridley.

Nous sommes faits comme cela. Nos cerveaux ne sont pas construits pour être attirés par les bonnes nouvelles. Non seulement elles se produisent via une évolution lente difficile à mesurer et à percevoir, mais notre instinct de survie nous dicte d’être toujours aux aguets des menaces qui planent.

Cela a fait de nous des survivants mais c’est un handicap considérable pour analyser rationnellement notre environnement.

Sources : Voir l’article en francais et Voir l’article en anglais