Le stress : « ennemi des temps modernes »

Le stress psycho-émotionnel

Le stress n’est pas une maladie, c’est une des grandes fonctions de l’organisme, au même titre que la respiration, la digestion ou l’immunité. Sans lui, l’espèce humaine aurait disparue depuis longtemps. Imaginez des souris qui n’auraient plus peur des chats ! „ (Patrick Legeron, psychiatre)

 

Le stress est un des troubles psychosociaux les plus présents dans notre société moderne où la rentabilité financière a pris le dessus sur le bien-être physique et psychologique. Selon les médecins, 43 % des consultations ont pour motif les effets du stress.

Nos conditions de vie demandent de plus en plus d’adaptation ou d’accommodation. Ce terme très à la mode est actuellement utilisé chaque fois que l’on est pressé, tendu, nerveux, contrarié…

Cependant, nous sommes inégaux face aux effets du stress, pour certains, il inhibe totalement ou au contraire stimule les capacités de réalisation, chez d’autres il suscite une sensation d’impuissance et de malaise face à des événements difficiles à maîtriser ou à résoudre.

Si la notion du stress est très personnelle, elle a généralement un côté négatif qui en fait l’ennemi des temps modernes, ennemi qu’il faut combattre à tout prix pour mieux vivre tout comme les colères, les pleurs, les peurs… qui ne sont que des émotions qu’il convient d’exprimer.

Pourtant quel que soit l’évènement vécu, heureux ou malheureux, nous faisons l’expérience du stress qui va se traduire par des réactions physiques, psychologiques, biochimiques… Comment notre métabolisme peut-il réagir de la même façon que nous gagnons au loto ou apprenons le décès d’une personne ?

Qu’est-ce que le stress ?

Pour les biologistes, le stress est une réponse de notre organisme pour maintenir l’équilibre biologique (homéostasie) afin de le conserver en état fonctionnel.

Dans toute forme de vie, animale ou végétale, il semble qu’un mécanisme physiologique, commun à toutes les espèces, permette l’adaptation à l’environnement et maintienne la vie. Le stress prépare les êtres vivants à des réponses musculaires rapides et intenses, sans lesquelles ils ne pourraient survivre. Le stress c’est la vie qui elle-même repose sur le principe de l’adaptation.

Toutes les modifications qui se produisent dans l’organisme soumis au stress mettent celui-ci en état de mobilisation et déclenchent une véritable réaction d’alarme, laquelle permet la fuite ou la lutte.

Comme toutes les autres espèces vivantes, en tant qu’humain, depuis la nuit des temps, nous avons une perception instinctive du danger transmise par nos ancêtres et qui a permis à l’humanité de survivre. Car la survie dépend de la capacité à s’adapter à son environnement et à pouvoir estimer les sources du danger et de l’agression ainsi que ses capacités de réponses.

Aujourd’hui le danger ne menace plus notre vie mais notre équilibre psychique et émotionnel, en 70 ans l’humanité a réalisé des progrès technologiques qui ont totalement révolutionné notre mode de vie. Nous interagissons avec un environnement complexe face auquel ces capacités naturelles ne sont plus adaptées. Notre mode de vie a évolué plus vite que nos capacités d’adaptation biologiques et rien ne nous prépare à faire face aux situations contraignantes qui génèrent en nous tension, frustration et colère.

 L’origine du stress

Les agents stressants peuvent provenir de :

• stimulations physiques telles que le froid, la chaleur, les conditions climatiques constituent un changement auquel l’organisme doit s’adapter ; nous sommes plus fatigués lorsqu’il y a changement de saison, un choc physique (quel qu’en soit l’intensité) mobilise tout notre métabolisme. Les phénomènes électromagnétiques (réseaux cosmo-telluriques ou réseau Hartmann, courants souterrains…), le bruit…

 • stimulations émotionnelles telles la joie, la tristesse, la peur, la honte… dont l’expression sont liées à notre histoire personnelle, nos croyances sur nous-même, notre environnement et la vie en général.

 • stimulations sensorielles nous sommes en lien avec notre environnement par nos 5 sens (bruits, qualité de l’air, lumière, produits chimiques contenues dans notre alimentation…), douleurs…

Les composants du stress 

Notre subjectivité colore notre vision des situations dont nous avons une image construite par notre histoire personnelle, nos croyances et notre état émotionnel.

• Absence ou perte de contrôle 

Vous êtes à bord d’un bus, en route pour un rendez-vous important. Celui-ci est bloqué dans un embouteillage.

Selon votre personnalité et votre façon de vivre ce type de situation, plusieurs scénarios sont possibles.

Vous prévenez immédiatement de votre retard et évaluez la densité de l’embouteillage pour décider de quelle façon vous pouvez vous rendre à votre rendez-vous. Cette réaction vous permet de baisser la tension générée par l’inquiétude (peur d’arriver en retard) et la colère (suscitée par cet imprévu). Le fait d’avoir prévenu de votre retard vous permet de réfléchir posément à une solution pour arriver à votre rendez-vous. Votre respiration retrouve son rythme normal, facilite l’oxygénation du cerveau par conséquent l’activation des fonctions cognitives. Vos décisions et vos initiatives vous procurent de la satisfaction car vous avez gardé le contrôle de la situation.

Ou bien, cette situation déclenche en vous le sentiment d’être une victime, alors la peur et la colère vont prendre le contrôle et mettre en route votre meilleur scénario catastrophe où vous tenez le rôle principal. Ce scénario accompagné de votre dialogue intérieur contient votre histoire personnelle, vos croyances et l’image que vous avez de vous-même et de vos capacités (estime de soi et confiance en soi). Vous vous sentez emprisonné(e) dans cette situation, vos capacités cognitives inhibées, vivant un moment de stress important qui va renforcer certains de vos comportements et de vos réactions.

L’imprévu, l’inconnu

Face à l’inconnu et l’imprévu, nous avons des réactions différentes et personnelles. Ces situations engendrent de l’inquiétude voire de la peur, réactions saines et naturelles puisqu’elles concernent un futur en germe qui recèle toutes les possibilités.

Ce qui fait la différence, c’est la façon de les percevoir, permettre à la peur de nous contrôler et nous convaincre d’un hypothétique danger dans le futur va nous priver d’expérimenter de nouvelles situations et de ressentir de la satisfaction à acquérir de nouvelles capacités, de repousser nos limites, de découvrir nos ressources…

A l’opposé c’est l’excitation du changement, de la nouveauté qui va guider notre réaction. Le stress généré alors va être vécu de façon positive qui va stimuler notre métabolisme.  

Un environnement anxiogène

 En quelques décennies, les avancées technologiques ont été fulgurantes et rapides, nécessitant une adaptation constante aux nouvelles technologies et ce dans tous les domaines de notre vie quotidienne. L’usage de la micro-informatique, internet, la téléphonie mobile… la complexité des appareils que nous utilisons dans la vie quotidienne qui nécessite un apprentissage pour leur utilisation. Ainsi, le passage à l’euro a suscité un stress important chez de nombreuses personnes, notamment les personnes âgées.

La multiplication des moyens de communication (portable, téléphonique, internet…) et les sources d’information (facebook, twitter, flux rss…) soumettent les personnes à d’importantes tensions. Cette addiction largement présente est source d’un stress dont on commence à peine à observer les conséquences chez les jeunes : troubles de l’attention et du sommeil, encéphalite, hyperactivité, anxiété…

Les nouvelles déprimantes

L’information est omni-présente dans notre vie, elle vient en provenance de la télévision, des radios, des réseaux sociaux, d’internet, des journaux… Basée sur le sensationnel, elle est immédiate et brute, joue sur nos émotions et banalise tous les évènements ; nous pouvons vivre en direct des évènements qui se déroulent à l’autre bout de la planète.

A l’heure des informations, au moment du dîner, beaucoup sont assis face à leur écran de télévision, regardant tous les malheurs du monde : les désastres météorologiques, les catastrophes aériennes, les guerres, les statistiques du chômage, les dérives de l’industrie agro-alimentaires…

Submergés par ces images et les commentaires qui les accompagnent, c’est une visite renouvelée de toute la palette d’émotions : colère, impuissance, inquiétude, peur de l’avenir… qui exacerbent la peur de l’autre en général.    

Des rapports sociaux élimés

Notre époque est marquée par l’absence ou la distanciation de liens. Nous faisons nos courses dans de grandes surfaces, lieux de tentations inondées de bruit, avec les files d’attente interminable aux caisses sans aucune attention pour ses voisins ou la personne qui scannent les articles.

La peur et la méfiance créent de la distance, les vieux, les jeunes, les étrangers, les rouges ou les bleus tout est sujet au rejet à l’exclusion. Les branchés de Facebook consacrent plus de temps à leurs amis virtuels, il suffit d’appuyer sur une touche pour diffuser à des centaines de personnes une nouvelle ou une photo.

La solitude, l’isolement augmentent, dans les familles les liens sont distendus, l’occasion de se réunir et de se retrouver deviennent rares. La télévision interdit les conversations familiales au cours des repas, souvent le seul moment où ces personnes sont réunies.

Dans l’espace urbain, la pauvreté est omi-présente, ainsi que la violence qui se traduit par les écarts de langage ou les comportements d’incivilité. La rupture du lien social est un facteur générateur de stress important car il suscite la peur de l’autre et les débordements de toutes sortes.

La place des ainés dans la société et leur rôle de transmission, autant de sujets qui mettent en exergue les dysfonctionnements de nos sociétés et les maux qu’ils engendrent.

• Le travail qui rend malade, le chômage qui exclut

Les exigences de résultats, la concurrence à outrance, l’incertitude, la précarité de l’emploi, la course à la performance… ont rendu le travail source de souffrance et de mal être qui conduit parfois au suicide. Aucun secteur n’est épargné, le stress est partout générant harcèlement, maltraitance… la santé s’en ressent par des tensions musculo-squelettiques, dépression ou burn out.

La perte d’un emploi, la recherche d’un autre, là aussi le stress est au rendez-vous. Dans les sociétés dites développées, le travail est considéré comme l’unique source d’intégration, privant les personnes qui en sont éloignées de reconnaissance et de légitimité d’appartenance à la collectivité.

• Le stress, un ami qui nous veut du bien

De phénomène naturel invitant à l’adaptation afin que la vie perdure, le stress est devenu l’ennemi qu’il faut absolument effacer. L’éducation, l’enseignement n’intègre pas l’apprentissage des savoirs être, ni celui de la stimulation des ressources et de leur mise en œuvre dans les situations de la vie. Tout est centré sur l’acquisition du savoir.

La complexité de notre mode de vie nécessite des capacités d’adaptation importantes au risque de souffrir de troubles de santé dont la chronicité altère la qualité de vie jusqu’à la maladie par cause d’épuisement de l’énergie vitale. Cependant le changement ne peut venir de l’extérieur, il peut venir uniquement de l’intérieur de soi où résident les ressources personnelles en décidant de changer, transformer, simplifier et porter un nouveau regard sur soi et sur la vie.

par Samia Abdelmoumen (sophrologue-coach de vie)