Mieux vivre ses émotions avec la sophrologie

L’émotion : l’énergie du changement 

Nous sommes des êtres pensants et agissants, liés à notre environnement grâce à nos émotions et nos sensations. Quelle que soit l’émotion qui nous traverse, notre corps nous en informe à sa façon, notre singularité s’exprimant à travers toute la palette sensorielle qui se manifeste alors dans notre corps.

Ces émotions qui nous agitent sont notre système de guidage dont la nature nous a doté afin d’interagir avec notre environnement naturel. Véritables messagères, elles nous informent de nos besoins et nous indiquent la direction où porter notre attention afin de retrouver notre bien-être intérieur.

La vie est mouvement et par conséquent changement perpétuel, les émotions nous le rappellent, elles nous aident à redéfinir le cadre de notre adaptation pour gagner en conscience. Elles président au lien corps-esprit à travers le bouleversement bio-chimique, musculaire ou respiratoire qu’elles génèrent dans notre dimension physique.  

Les émotions nous parlent de nos besoins

Notre singularité prend tout son sens dans notre façon à vivre nos émotions et à réagir à leur influence selon notre personnalité ou notre histoire de vie. Imprégnés de la culture cartésienne, nous privilégions la pensée au ressenti, notre sensorialité s’atrophie, notre respiration devient superficielle afin de ressentir le moins possible ce qui fait mal. Coupés de ce qui est bon, doux ou joyeux, l’émotion remet du mouvement dans notre corps, l’inscrit dans la danse de la vie : (accélération du rythme cardiaque et respiratoire, augmentation de la sudation…) pour nous pousser à l’action.

Soumis à la dualité de positif et négatif, nous considérons nos émotions comme des intruses qui se présentent au moment le plus inopportun, alors qu’elles sont les messagères de nos besoins, une énergie qui nous submerge pour nous aider à changer, à ôter le filtre qui colorent nos expériences.

Ainsi la peur va nous rappeler l’importance de nous aimer dont le déni nous conduit à accepter les compromis, les violences ou l’absence de considération pour préserver l’amour, l’estime ou la protection de l’autre. La colère nous remet face à notre responsabilité de fixer les limites, de s’affirmer et de s’estimer pour sortir du conflit avec les autres et avec soi-même. La tristesse réveille la nostalgie d’un passé révolu et la souffrance liée aux deuils non effectués. Quant à la joie, elle nous ramène à la vie, la coopération, le partage et l’échange, à notre capacité à nous sentir vivant dans notre manière d’être au monde.  

En quoi l’émotion invite au changement

Quelle qu’elle soit, l’émotion génère des symptômes physiques pour préparer le corps à réagir. L’adrénaline, la plus connue de ces manifestations va accélérer le rythme cardiaque et respiratoire et augmenter la pression artérielle pour aider le corps à entrer en action. Avoir des émotions revient à fabriquer des substances biochimiques qui vont servir de messagers intercellulaires dans notre cerveau et dans toutes les parties du corps.

En médecine traditionnelle chinoise, chaque émotion est liée à un organe, ainsi les émotions positives  équilibrent les organes et les émotions négatives déséquilibrent les organes puisqu’elles sollicitent leur énergie. Les Taoïstes considèrent l’être humain comme un être de transformation qui peut recycler ses émotions.

Sous l’effet de l’émotion, la capacité respiratoire se réduit, augmentant ainsi la confusion mentale, le cerveau étant insuffisamment oxygéné. En sophrologie, le changement débute par la respiration, l’attention portée à l’expiration va libérer la respiration, favoriser le relâchement du plexus solaire, zone où sont perçues les effets des émotions comme un  « nœud à l’estomac ». Tel un ascenseur, le mouvement ascendant et descendant de la respiration dénoue la gorge et dégage les voies aériennes transformant cette énergie émotionnelle.

Apprendre à écouter et à reconnaître ses émotions…

Le changement passe par l’observation, une étape indispensable pour repérer puis identifier ce qui est à changer. Il en est ainsi des émotions, d’autant plus que leur manifestation dans notre corps nous surprend avant même que notre « raison consciente » n’ait eu le temps de s’exprimer.

L’apprentissage de la sophrologie consiste à vivre son corps dans sa réalité objective, poser son attention sur les sensations qui se manifestent et les accueillir en toute conscience. Ainsi s’éveille la compréhension de la vivance sensorielle accompagnée par une respiration consciente qui favorise une meilleure oxygénation et un lâcher-prise grâce à l’expiration. Il est alors plus facile de repérer les tensions générées par les émotions.

Les manifestations physiologiques internes, non visibles de l’émotion peuvent être des contractions de l’estomac, une augmentation du rythme cardiaque, une sécheresse de la bouche ou des larmes, une confusion mentale. Quant aux manifestations externes, ce peut être des positions posturales : tête rentrée dans les épaules, dos arrondis… expressions du visage, tels que rougeurs ou tremblements.

Liée à la sécurité physique, la peur est plus souvent subjective car liée à des situations qui mettent en évidence l’absence ou la faiblesse de certaines de nos compétences face à la perspective d’un changement important, d’une situation d’évaluation (examen, concours, recrutement…), d’un acte médical ou chirurgical (anesthésie, douleurs…) ou bien l’affirmation de soi. 

Lorsqu’elle prend une dimension relationnelle, cette émotion nous parle de notre peur de l’abandon, du rejet ou de ne pas être aimé, elle nous maintient à la frontière de nous-même et en retrait avec les autres. Elle crée en  nous la dépendance et nous enferme dans nos croyances sécuritaires.     

La peur induit un mouvement physique de protection (arrondissement des épaules, respiration superficielle…) qui suscite une tension physique et mentale qui enferme  la personne dans un rôle de victime. Grâce aux compétences développées par l’entraînement à la sophrologie elle va pouvoir agir sur sa respiration. Le retour à une respiration abdominale va libérer les tensions et ouvrir la cage thoracique avec pour effet, une sensation de stabilité intérieure qui permet ainsi à la personne de faire face à la situation et de défendre son intégrité.

De même la colère, une émotion qui masque souvent la peur, s’accompagne de manifestations physiques caractérisées où « on voit rouge » car l’acuité visuelle augmente ainsi que la sensation d’une force physique intense. C’est la forge de Vulcain qui se réveille pour préparer au combat puisque c’est la fonction primaire de cette émotion. Les situations qui réveillent notre colère sont liées au conflit avec les autres dans notre façon de nous affirmer face à eux ou de leur fixer nos limites et celui avec nous-même lié à une faible estime de soi.

Là encore, la respiration favorise le retour à une conscience agissante : analyse de la situation et mise en œuvre de ressources pour sortir du conflit qui va se traduire par un comportement assertif (s’affirmer, savoir dire non, se faire confiance…). Par la prise de conscience de son schéma corporel, dans ses limites et son volume dans l’espace, la relaxation dynamique aide à redéfinir plus clairement les limites et la concentration sur l’expiration permettra d’apprendre à prendre du recul comme le souffle du vent qui balayant les obstacles.  

Comme les autres émotions, la tristesse se doit d’être pleinement accueillie, elle nous informe de ce que nous avons perdu ou considérons comme tel : décès d’un être cher, relation amoureuse, situation professionnelle, bien matériel… Le principe du changement est basé sur  la mort symbolique de ce quelque chose qui a quitté notre vie, ce processus engendre de la tristesse et nécessite une période de deuil qui va aider au renoncement, à lâcher-prise.

Quant à la joie, elle est porteuse d’un message de joie et de vitalité qui nous invitent à vivre l’instant présent, réveille notre capacité à être en lien et à partager.

Apprivoiser ses émotions sous la guidance de la sophrologie

La connaissance de soi et de son corps qu’apporte la sophrologie ouvre la voie menant vers la réconciliation avec ces messagères bienveillantes que sont nos émotions. La mise en œuvre de ses diverses techniques, nous permet d’aller à leur rencontre afin de les comprendre et d’apprendre à cultiver nos émotions positives, ressources inestimables au quotidien.   

La relaxation neuro-musculaire facilite l’accueil de l’émotion, ce lâcher-prise induit par l’attention sur l’expiration réduit les effets de l’émotion qui perd sa force et son intensité dues le plus souvent à la résistance opposée plutôt qu’à l’émotion elle-même.

Liées à notre histoire de vie, nos émotions sont également liées à l’échelle du temps : passé, présent et futur. En effet, la colère et la tristesse nous rappellent des besoins qui remontent au passé, quant à la peur, elle se réfère aussi bien au futur qu’au présent et seule la joie nous ramène au présent, l’espace temps que privilégie la sophrologie.

Vivre l’instant dans toute sa richesse de vécu : sensations, émotions, sentiments et pensées est l’objectif visé par la sophrologie. C’est au présent, que nait la prise de conscience de sa corporalité, de sa respiration et la façon de la diriger ainsi que la présence de ses sensations.

Toute comme les traditions ancestrales, la sophrologie nous ramène à la joie du présent. Ses techniques de visualisation nous permettent de raviver les souvenirs négatifs du passé afin de se libérer du ressentiment, du dépit ou du désir de vengeance puis revenir au présent afin de savourer les traces sensorielles de la joie et apprécier la détente neuro-musculaire qu’elle génère dans le corps. 

Ainsi, s’installe la stabilité émotionnelle par la pratique des techniques de relaxation et de respiration ainsi que ces visualisations qui activent les capacités neuro-physiologiques et neuro-psychologiques. La confiance en soi et en ses capacités à vivre ses émotions va aider à développer de nouvelles compétences pour mieux vivre les situations quotidiennes.

Vivre l’instant présent 

L’instant présent c’est avant cette présence à soi vers laquelle nous guide la sophrologie où nous prenons conscience de notre corporalité animée par des sensations, habitée par des émotions et des sentiments.

Centrés sur la respiration par le cœur, nous nous installons dans cette cohérence cardiaque où le cœur et la respiration sont en harmonie, parfaitement synchronisés. Le corps devenu un précieux allié peut accueillir la joie et la ressentir dans sa plénitude, guidé par lui vers le Maître Intérieur nous pouvons alors engager un véritable dialogue.    

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Samia Abdelmoumen (sophrologue, praticienne en psycho-énergie)

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