Oser parler de tous nos deuils (1ère partie)

La mort, une étape naturelle de la vie

La mort est devenue un sujet tabou, un mot qui fait peur, elle est évacuée par la plupart d’entre nous obnubilés par le souci de la jeunesse, de la rentabilité et de la maîtrise.

Si nous sommes inégaux par rapport à la naissance, nous sommes égaux devant la mort, depuis notre naissance, nous nous dirigeons vers ce rendez-vous inéluctable, une date qui nous demeure inconnue.

Jusqu’aux années 60, la mort était ritualisée et intégrée dans la vie grâce à quoi les personnes gardaient une proximité avec elle. Il y avait une transmission dans le savoir ancestral autour de la mort. La veillée des morts, les signes visibles de deuil (brassard, vêtements noirs, boutonnière…) montraient à tous ceux que la personne endeuillée croisait qu’elle vivait une période de chagrin et d’affliction. Ainsi, elle pouvait bénéficier d’attention spécifiques et d’une reconnaissance à vivre son chagrin et sa peine.

La mort à l’hôpital et la médicalisation de la fin de vie a rompu ce cycle de transmission du savoir ancestral autour de la mort. Les rituels ont peu à peu disparu, la veillée des morts également et c’est dans les années 80, le choc du sida et l’apparition des soins palliatifs que la prise de conscience s’est faite amorçant ce retour au mourir et à l’hospitalisation à domicile.

Notre mode de vie guidé par le « faire vite » ne laisse pas la place suffisante au processus de deuil. Le parent qui perd son enfant, vit un paradoxe terrible : rester après son enfant. Une personne âgée qui perd son compagnon ou sa compagne, la femme qui perd l’enfant à naître, la personne qui perd son père ou sa mère. Quelle que soit le lien qui l’unissait à celle qui est décédée, la personne endeuillée qui souffre n’a aucun signe distinctif qui la désigne aux regards des autres comme une personne qui a besoin d’attention. La vitesse qui guide notre mode de vie lui impose de faire son deuil rapidement au risque d’être considérée comme une personne dépressive et se voir prescrire un traitement médicamenteux pour le traverser rapidement.

La douleur, la peine ou la tristesse sont intérieure, elle ne se voit pas sauf si on observe.

Vivre c’est perdre  

Au cours de sa vie, l’être humain subit de nombreuses pertes, pas toujours liées à la mort, mais qui l’entraînent sur le chemin du deuil. Une voie sinueuse que chacun vit à sa manière, mais qui laisse pourtant apparaître un fil rouge : des étapes de ce processus douloureux, largement partagées par les personnes endeuillées. Si parfois, à la fin du périple, le sens des épreuves traversées se révèle, il reste utile de garder à l’esprit, comme le note Christian Bobin, que « la vie sait toujours comment poursuivre ».

Dès l’enfance, l’être humain est amené à se construire et à se socialiser en expérimentant et en intégrant l’apprentissage de la perte, la première étant certainement l’expulsion du ventre maternel. Très tôt, le jeune enfant doit apprendre à s’éloigner progressivement de sa mère en fonction du développement de son autonomie et en interagissant avec son milieu. Si les initiatives qu’il prend augmentent son indépendance, il découvre également diverses limites et contraintes qui l’empêchent de faire tout ce qu’il aimerait ou ce qu’il voit faire chez ses aînés et l’obligent à des renoncements parfois frustrants.

L’adolescence se révèle être une étape de vie où les changements sont nombreux et les pertes multiples : les modifications importantes (physique, hormonale, morale, émotive, intellectuelle, etc.) et parfois perturbantes que le jeune subit. Sans compter sa recherche d’identité psychosociale qui peut s’avérer mouvementée et qui l’amène à renoncer définitivement à l’enfance.

C’est aussi une phase de l’existence où l’amitié prend une place prépondérante et où est vécue la découverte de l’émoi des premières amours. Ainsi, une rupture amicale ou amoureuse peut engendrer un sentiment profond de trahison, une perte de certains idéaux, une remise en question des valeurs et une altération de la confiance en soi qui peut conduire l’adolescent à attenter à sa vie.

Plus tard, jeune adulte, l’individu est amené à quitter le foyer familial pour voler de ses propres ailes. Si cette étape est souvent vécue dans l’enthousiasme, car gage d’autonomie, elle s’accompagne également de nouvelles responsabilités apparentées à une forme de perte. L’accès au premier emploi, la gestion d’un budget, le désir de construire une relation intime durable peuvent comporter des risques, voire des échecs, et induire le sentiment de renoncer plus ou moins volontairement à quelques rêves, à l’insouciance et à certaines illusions spécifiques de la jeunesse.

 Des événements «normaux», mais parfois douloureux

Quand arrive la maturité elle peut apporter à l’adulte un nouveau lot de pertes : l’envol des enfants du nid familial, un divorce, un licenciement parfois inattendu ou un départ à la retraite – souvent ressentis comme une mort sociale. Il en est aussi de la disparition de la jeunesse avec l’altération de l’apparence physique ou des problèmes de santé. Ces événements naturels et normaux balisent l’existence, mais peuvent aussi se révéler douloureux, car ils soulignent l’inéluctable passage du temps et font réaliser l’impossibilité d’un retour en arrière.

Enfin, quand arrive la vieillesse et qu’il aborde la dernière partie de son existence, l’être humain tire généralement un bilan de sa vie, souvent avec un sentiment de satisfaction envers les tâches accomplies et les objectifs atteints même s’il y a eu des erreurs, des échecs ou de mauvais moments. Pourtant diverses dernières pertes peuvent encore survenir, c’est une période où la diminution de ses capacités physiques est plus marquée obligeant à renoncer à certaines choses, la mort d’amis proches, le décès de son conjoint ou même de ses enfants ; autant de pertes difficiles qui rappellent également quel est le bout du chemin…

Le parcours de tout humain est donc composé de petits et grands changements, de liens qui se créent ou disparaissent, mais c’est «en perdant» régulièrement que l’enfant, puis l’adolescent et enfin l’adulte peuvent faire des choix et avancer dans leur vie.

L’être humain est un être d’attachement, il crée des liens affectifs avec ses semblables et avec tout ce qui concerne sa vie : travail, matériel, argent, situation sociale… Et quelle que soit la perte, elle engendre un processus de deuil. Cependant, plus rien ne prépare l’être humain à la perte et à la séparation, la course au jeunisme, à l’immortalité, à l’importance de l’aspect physique ou à la réussite sociale à tout prix entraine la personne qui vit une perte dans une forme de chaos qui la déstabilise profondément, engendrant chez elle un stress émotionnel et une désorganisation considérables. Et seul le travail de deuil aide alors à se reconstruire.

La perte de spiritualité, de rituels a conduit l’être humain à oublier la dimension intemporelle de la vie. La rupture du lien avec l’environnement naturel a éloigné l’individu du cycle de la vie. En milieu urbain, le passage des saisons est moins marqué qu’à la campagne, ainsi la pluie est une bénédiction pour le paysan et une calamité pour le citadin. Dans le milieu naturel, la mort fait partie de la vie, chaque espèce a ses prédateurs pour préserver le cycle de la vie : tout ce qui naît, meurt.

Le chemin du deuil

Elisabeth Kübler-Ross fut une pionnière de l’approche des « soins palliatifs » pour les personnes en fin de vie, et, de l’accompagnement aux mourants. Elle a accompagné des milliers de personnes en fin de vie, et fut la première à étudier et formaliser les différents stades par lesquels passe une personne lorsqu’elle apprend qu’elle va mourir, mais également comment réagit l’entourage après le décès d’un proche.

Son approche du processus de deuil et ses étapes s’appliquent, au-delà de la perte d’un être aimé, à de nombreuses situations de notre vie personnelle ou professionnelle : fin d’un projet d’équipes, licenciement, départ à l’étranger, fin des études, fusion d’entreprise, changement d’employeur, déménagement, rupture amoureuse, divorce…

« Faire le deuil » est le processus d’adaptation psychologique d’un individu face au choc qu’il vient de subir, quelle qu’en soit la nature. C’est un processus normal et universel.

Bien que dans le langage courant, le deuil soit synonyme d’acceptation de la mort, il s’agit d’un cheminement que connaît toute personne confrontée à une perte ou à la fin de quelque chose  jusqu’à ce qu’elle réapprenne à vivre en l’absence de ce qu’elle a perdu.

La résolution du deuil se fait par étapes successives qu’Elisabeth Kübler-Ross appréhende de la façon suivante :

Il est donc très éclairant de connaître le cheminent de ce processus psychologique. En voici les éléments les plus importants :

La mort, une étape naturelle de la vie - Samia Abdelmoumen - Ressources Plurielles

 

Kübler-Ross a également fait valoir que chaque deuil relève d’une démarche singulière, et que ces étapes ne se déroulent pas nécessairement dans l’ordre indiqué ci-dessus. De même toutes les étapes ne sont pas vécues par tous, chaque étape pouvant se manifester de façon plus ou moins forte, et plus ou moins longtemps, suivant les personnalités.

Certaines personnes peuvent même rester « bloquées » sur une phase (comme la colère) entravant ainsi leur évolution et les empêchant d’aboutir à la sérénité.

 

 

 

  • La Descente

Le choc de la perte car le deuil commence toujours par un choc qui entraîne une phase de sidération et de déstabilisation intenses. Si le moment de la perte n’est pas perçu, le travail de deuil ne peut pas s’engager, laissant place à une étape d’attente souvent stressante et douloureuse.

Ainsi le deuil d’une personne dont on n’a pas la certitude du décès (corps non retrouvé) ou pour les périodes de licenciement où l’on ne sait pas qui va être licencié. Ce genre de situation empêche de faire son « deuil » et de passer à la reconstruction.

Le déni, le refus, la négation. Cette étape est d’autant plus fortement ressentie que l’attachement est rompu de façon soudaine, inattendue :
« ça ne peut pas m’arriver à moi », « pas moi, pas maintenant », « non..…c’est impossible, vous vous trompez… »…

La colère qui  va se traduire par la rage, le dégoût, la rancœur, un sentiment d’injustice, un transfert de la responsabilité sur autrui. Dans le cas d’un décès par accident ou maladie (« Ce n’est pas juste », «  les médecins ont été incompétents ». Dans le cas d’un licenciement ou «  « Pourquoi moi et pas un autre ? », « Ils n’avaient pas le droit »…

La peur pour soi ou peur pour les autres, peur ponctuelle ou angoisse globale. Le monde apparaît comme une source de dangers insurmontables. L’insécurité (matérielle, affective, sociale…) apparait : « qu’est-ce que je vais devenir ? » , « comment vais-je faire face ? »…

La tristesse, étape décisive et difficile pour affronter la réalité car on prend conscience qu’il n’y a plus rien à faire. C’est souvent là, que l’on ne dit plus grand chose, et que les larmes sortent comme une libération.

  • La phase de remontée : Sortir de l’impasse

L’acceptation, à ce stade, la personne enduillée passe au premier plan, et n’est plus l’objet du deuil.

Le pardon à soi-même, renoncer à l’illusion de la toute puissance, ne plus se laisser envahir par la culpabilité. Puis, vient le pardon aux auteurs de la perte (employeur, conjoint, ami(e)…

Quête du sens et de renouveau. Il s’agit de reconnaître et d’accepter que le deuil a permis de faire des choses non envisageables dans le passé.

La sérénité. La personne a fait la paix avec ce moment de vie sans excès d’émotion. Elle vit dans le présent, et ce qui lui arrive dans son quotidien a plus de valeur que le passé. Si un nouveau projet se dessine, la personne est capable d’y adhérer et même d’en être moteur.

 

A suivre…

 

Samia Abdelmoumen Sophrologue bio energeticienne ressources plurielles

Samia Abdelmoumen (Multi praticienne) :
– Bio énergie
– Sophrologie
– EFT
–  PNL
– Coaching de vie
Co-fondatrice de Ressources Plurielles