Nous sommes tous reliés

Le mouvement et l’interdépendance : la vision holistique du monde

L’intrication quantique nous bouscule. Ce phénomène qui montre que les particules sont reliées même à distance est une invitation à nourrir une vision holistique du monde.

Imaginez une vague, cette forme émergente et dynamique que peut prendre l’eau. Est-ce que la vague peut être considérée comme un objet séparé de l’océan ? Peut-elle être vue comme une réalité statique et finalisée ? Non. Elle passe dans l’eau, l’eau se prête à elle. Il y a bien eu ce que nous appelons une vague et pourtant il est difficile de la « chosifier » séparément de l’arrière-plan. En comprenant ce dilemme, vous avez compris un des problèmes majeurs de la physique quantique. Les particules élémentaires n’apparaissent pas comme des choses fixes et délimitées, totalement différenciées de ce qui les entoure. Elles ressemblent plutôt à des phénomènes en mouvement, perçant depuis une dimension que nous ne connaissons encore que mal.

Ainsi, notre vision newtonienne d’un monde-machine construit comme un jeu de Lego n’est plus guère adaptée à ce que la science nucléaire nous montre désormais. Là où nous cherchons des éléments solides et isolés, il nous faut apprendre à regarder le mouvement et l’interdépendance. En effet, c’est grâce aux relations qu’elles tissent entre elles que les activités de l’infiniment petit font émerger notre réalité. Ce changement de perspective est colossal pour l’homme moderne qui se conçoit comme un être isolé, issu d’une nature mécanique et vivant dans un univers inerte. La mécanique quantique participe alors de la redécouverte d’une reliance. Nous serions, d’une manière ou d’une autre, tous connectés… à tout.

La matière, un tissu relationnel

En cherchant dans l’infiniment petit quelle serait la brique fondamentale de notre réalité, la mécanique quantique s’est rendu compte qu’il n’y en a pas vraiment. Il n’y a pas de « chose » en soi. Les physiciens perçoivent un tissu d’événements dynamiques au sein duquel apparaissent et disparaissent ce qu’ils essaient d’identifier comme des particules élémentaires. Pourquoi, alors, avons-nous l’impression que la matière est solide ? Parce qu’en entrant en relation entre elles, les manifestations de l’infiniment petit tissent des liens qui les stabilisent.

Harold Puthoff, directeur de l’Institute for Advanced Studies d’Austin, aux États-Unis, a par exemple montré que « la masse est simplement de l’énergie qui s’attache à une autre énergie. Ce sentiment d’un ‘‘quelque chose de solide” est seulement et totalement dû au lien entre les particules subatomiques sur fond d’une mer d’énergie », indique Lynne McTaggart dans Le Lien quantique. Une particule isolée aura vite fait de redevenir une onde et de disparaitre, alors que les atomes et les molécules sont en quelque sorte des pelotes relationnelles. « Les particules matérielles isolées sont des abstractions, leurs propriétés n’étant définissables et observables qu’à travers leur interaction avec les autres systèmes », soutient le physicien Niels Bohr dans La Théorie atomique et la description des phénomènes. La matière est une toile de connexions !

L’univers, une étoffe cosmique

Cette tendance à la relation se retrouve sous différents aspects, a tous les niveaux de notre monde, de l’infiniment petit à l’infiniment grand. En organisant la matière, les atomes et les molécules vont ainsi former des objets, des organes, des êtres vivants – qui a leur tour s’organisent pour élaborer des systèmes de plus en plus complexes. « Cette aptitude à se connecter est la clé de la vie de chaque organisme, depuis les particules subatomiques jusqu’aux sociétés à grande échelle », signale Lynne McTaggart, qui n’hésite pas à parler d’une émergence « collaborative ». Viennent ensuite les planètes reliées en systèmes solaires, en galaxies, en amas de galaxies. Notre univers est ainsi organise par des liens de différente nature a toutes les échelles.

L’image d’une étoffe cosmique a été largement décrite par les traditions orientales afin de traduire ce que les mystiques ont perçu de la nature de l’univers. Lors d’une expérience spirituelle profonde, « l’objet matériel devient différent de ce que nous voyons actuellement, non plus un objet séparé de l’arrière-plan ou de l’environnement, mais une partie indivisible et même, d’une façon subtile, une expression de l’unité », rapporte le philosophe indien Sri Aurobindo dans La Synthèse des yogas. Un être humain en état modifie de conscience peut-il percevoir ce niveau de réalité subtil décrit par la science ? « Le cœur du Sutra Avatamsaka, l’une des principales écritures du bouddhisme Mahayana, est la description d’un monde comme un réseau parfait de relations mutuelles où toutes les choses et les événements sont en interaction d’une manière infiniment complexe », explique le physicien Fritjof Capra dans Le Tao de la physique.

Des liens télépathiques ?

La mécanique quantique n’est pas à court de surprises. Elle démontre que deux particules intriquées restent en lien de manière non locale ! C’est une énigme mais c’est atteste : l’éloignement ne compte pas, l’information passe de l’une à l’autre de manière immédiate. Ce lien déconcertant qu’Einstein taxait de « procédé télépathique » pour s’en moquer, est-il la chasse gardée de l’infiniment petit ? Maria vit à Paris, alors que sa famille est à Barcelone. Une nuit, elle se réveille en sursaut, prise d’une panique intense. Elle note qu’il est 4 h 17 et ne comprend pas pourquoi elle se sent si mal. A l’aube, sa sœur l’appelle pour lui annoncer la mort de leur père d’une crise cardiaque. L’heure du décès : 4 h 45. Pour Maria, les deux évènements sont « liés, c’est sûr ». Comment expliquer une telle concordance ? Que faire des milliers d’études rigoureuses qui attestent de la télépathie – le constat d’un transfert d’information instantané et à distance entre deux humains ?

S’il est hasardeux de faire appel à la physique nucléaire pour expliquer des phénomènes à l’échelle humaine, un certain nombre de scientifiques reconnus se sont toutefois risques à transposer des actions quantiques à nos rouages psychiques. « Ce sont mes études et mes réflexions de physicien qui m’ont amené à me poser la question de la parapsychologie, et qui, d’une certaine manière, m’ont même imposé l’idée de sa validité. […] Le fait est qu’à présent, dans les colloques de physique, la parapsychologie vient souvent sur le tapis dès qu’on discute de l’interprétation de la mécanique quantique », révèle Olivier Costa de Beauregard physicien et ancien directeur de recherche au CNRS. En effet, si les particules élémentaires entretiennent entre elles un lien non matériel et non local, l’ensemble que nous sommes ne peut-il pas être relié à d’autres ensembles d’une manière similaire ? Pour l’auteur de La Physique moderne et les pouvoirs de l’esprit, la télépathie n’est pas « irrationnelle » au vu de la quantique.
Calmer nos esprits nous permettrait de retrouver une expérience directe de cette unité.

Interconnectés et interdépendants

Le physicien Bernard d’Espagnat, auteur de À la recherche du réel et membre de l’Académie des sciences, est allé jusqu’à se demander dans quelle mesure nous ne pourrions pas considérer que toutes les particules de l’univers ne sont pas entrées en lien a un moment donne ou à un autre. Cela voudrait dire que l’univers serait véritablement un tout indivisible, que « la non-séparabilité [serait] une caractéristique générale », suggère le physicien. Cette hypothèse ne peut être démontrée scientifiquement – puisque nous ne pouvons mesurer l’univers. Elle est cependant soutenue par de nombreux courants spirituels qui considèrent que tous les évènements que nous percevons sont des manifestations émanant d’une seule et même réalité fondamentale. « La plus importante caractéristique de la conception orientale du monde – on pourrait presque dire son essence – est la conscience de l’unité et de l’interaction de toute chose dans cette unité primordiale », synthétise Fritjof Capra. Encore une fois, les traditions soutiennent que nous pourrions, dans certaines conditions, percevoir cette union. « Quand l’esprit est dérangé, la multiplicité des phénomènes est produite, quand il est serein, elle disparaît », signale Ashvaghosha dans le Soûtra de l’Éveil parfait. Calmer nos esprits nous permettrait de retrouver une expérience directe de cette unité dont nous faisons partie.

Ainsi, l’intrication quantique favorise l’émergence d’une conscience holistique. Cette vision « est une clé pour un futur viable », appuie Lynne McTaggart. En effet, la situation écologique nous met au pied du mur : il nous faut comprendre que porter atteinte à une partie nuit à l’ensemble.

Par Myriam Gablier http://www.inrees.com/articles/tous-relies-physique-quantique/