Les pouvoirs de l’espoir

 

L’espoir est la liberté de notre esprit et de notre cœur

Interview de Géraldyne Prévot-Gigant à l’occasion de son nouvel ouvrage 

Dans ton dernier livre Les pouvoirs de l’Espoir, tu écris que « plus qu’un besoin, c’est un devoir : nous devons espérer! »

L’envie d’écrire sur l’espoir m’est venue juste après Charlie et les évènements du 13 novembre. Après ces deux événements j’ai animé des groupes de thérapie et j’ai constaté que certes les personnes étaient en état de sidération (stupeur émotive, inertie, incapacité d’action voir de réflexion), ce qui est normal face à ce type d’évènements mais ceci était accompagné d’un pessimisme marqué. Le manque d’espoir était là, bien présent Je me souviens avoir dit que l’espoir était indispensable à notre résilience, que dans cette situation il était notre force de résistance face à la destruction et à l’obscurantisme.

Je suis entrée moi-même en résistance en rejoignant le mouvement créé par Vincent Cespedes et Elsa Godart, la néoresistance. Le mode d’action est de faire vivre la culture, l’art et diffuser la pensée par tous les moyens. A cette occasion j’avais écrit un article intitulé : LA RÉSISTANCE 2.0 EN 5 ÉTAPES OU COMMENT REFAIRE SURFACE APRÈS LES ATTENTATS DU 13 NOVEMBRE 2015.

A la fin de cet article j’écris puis vient l’espoir. A cet instant mon livre a commencé à exister .
C’est dans ce même élan que j’ai écrit l’introduction aux Pouvoirs de l’Espoir. A ce moment-là j’ai ressenti la puissance des mots, la force d’un livre, l’importance de la transmission par ce médium.
Dans toutes les grandes dictatures on a brulé des livres. Fahrenheit 451 de Ray Bradbury en parle si bien ( les livres y sont totalement interdits. La résistance consiste à apprendre par coeur au moins un livre). Selon moi, le livre est symbole de liberté parce que nous pouvons ainsi diffuser la lumière mais surtout il permet de penser librement. On apprend avec un livre. On est d’accord, pas d’accord, on aime ou on déteste mais ce qui est certain c’est qu’un livre est un messager.

Pourquoi est-ce que l’espoir est si important dans notre vie ?

L’espoir est un moteur, une merveilleuse énergie de vie. L’espoir est signe que nous sommes dans le mouvement de la vie. Avoir de l’espoir tel que je le propose c’est danser avec la vie.
Devenir acteur de son espoir est le plus beau cadeau que nous puissions nous faire. Ce que nous faisons de l’espoir est notre part de responsabilité. Espérer peut être noble, grand, humain. Il nous revient le choix de la façon dont nous voulons espérer et du sujet de notre espoir. Notre relation à l’espoir est assez similaire avec notre propension au bonheur.

D’autre part les études démontrent qu’au niveau physiologique l’espoir permet de guérir plus rapidement de certaine maladie.

Espérer selon moi est un art et surtout une voie de sagesse.

Les pouvoirs de l'espoir - Géraldyne Prévot-Gigant - Ressources Plurielles

Face à la misère du monde, à sa violence, face à la bêtise humaine et à nos difficultés personnelles, il est très difficile de garder espoir, que pouvons-nous faire de concret pour cultiver cet espoir ?

Un retour sur soi-même est essentiel. Le passage à l’action passe par un retour à soi, une véritable rencontre avec qui nous sommes fondamentalement, au-delà de l’égo. Avoir de l’espoir c’est être actif, en co-création avec l’existence. C’est prendre conscience que la vie nous donne de formidables occasions d’apprendre de nous-même. La vie est la plus grande des initiatrice, la plus belle des enseignantes.

Donc la première action : retourner à soi, se sentir, s’écouter et entendre cette petite voix intérieure, retrouver la confiance en soi et en sa destinée.

Nous avons un pouvoir magnifique celui de changer notre regard sur l’existence. Tout à un sens, à nous de le percevoir.

Le monde change quand notre regard change. Nous sommes limités par nos croyances sur nous-mêmes, les autres et le monde. Mais lorsque nous nous détachons de ces croyances transmises par le transgénérationnel et par la société alors nous devenons libres et le monde autour de nous change d’aspect. Il est toujours plus ou moins le même mais nous sommes enfin en capacité de voir ce qui fut jusque-là invisible. Le mystère de l’existence nous dévoile enfin toute sa beauté.

Quel est le lien de cause à effet entre la méditation (ou la pleine conscience) et l’espoir ?

Bien espérer c’est habité son présent. Contrairement aux idées reçus ce n’est pas une fuite de la réalité présente pour un futur idéalisé. Non avoir de l’espoir c’est être de plein pieds dans son présent et porter un regard confiant sur l’avenir.

A propos de la méditation, en autres choses, elle permet une reconnexion à soi, permet une meilleure écoute de soi et favorise la réconciliation avec soi. Il est prouvé grâce aux neuro-sciences que la pratique de la méditation permet de garder du recul face aux événements, de maintenir une stabilité émotionnelle et d’être moins impacté par le stress. Les pratiquants de la méditation sont moins sujets à des phases dépressives et lorsqu’ils traversent des épreuves, ils arrivent à garder le cap mieux qu’un non-pratiquant.

Ces bienfaits ont nécessairement un impact sur le mode de pensées du méditant : il a indéniablement une vision largement plus optimiste, une confiance en l’existence et une acceptation de l’inattendu.
L’espoir en découle automatiquement. L’optimisme et la joie de vivre sont des qualités que l’on retrouve chez les méditants et les gens qui espèrent. Pas de cet espoir passif et illusoire mais de cet espoir qui est un regard positif porté sur le futur. Ce qu’on appelle les lendemains qui chantent.

 

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Que réponds-tu à ceux qui disent qu’il vaut mieux être « réaliste » que « se bercer de faux espoir » ? N’est-il pas vrai que l’espoir peut devenir un échappatoire face à une réalité qui dérange ?

Pour les détracteurs de l’espoir, avoir de l’espoir serait un surinvestissement dans l’avenir, nous permettant de fuir la difficile réalité présente. Et ce serait donc une course sans fin vers un avenir prometteur mais purement chimérique. Un rêve permanent d’une vie meilleure qui finalement n’arrivera jamais. Alors cultivons l’instant présent, là se trouve la véritable sagesse et une possibilité de bonheur.

Il est vrai que la sagesse orientale nous invite à ralentir le rythme, de nos mouvements, de nos pensées, pour se poser dans l’instant, là où se trouve la richesse incomparable du présent. L’espoir a mauvaise presse. Il n’est réservé qu’aux éternels optimistes. Le réalisme doit l’emporter sur l’utopie. Pour certains penseurs, l’espoir est de l’ordre de l’inaction, de l’illusion et du manque de responsabilité. Les idées toutes faites ne sont donc pas si erronées que cela, puisque la définition officielle de l’espoir est l’attente. Nos philosophes contemporains s’évertuent à réveiller les consciences afin de nous sortir d’une certaine passivité. Il serait pourtant juste de rendre à l’espoir ses lettres de noblesse. Il est donc de notre responsabilité de faire de l’espoir quelque chose de constructif. Et il ne tient qu’à nous de faire en sorte que l’espoir s’incarne autrement que par une vaine attente infructueuse.

A l’heure actuelle, au point où en est l’humanité, l’espoir peut nous apporter une ouverture, une énergie, un dynamisme indispensable. L’espoir peut donner du sens à notre existence et nous permettre de retrouver une santé psychique indispensable à notre bonheur. Nous avons besoin de but, d’orientation de vie afin de pouvoir entretenir une énergie de création et de créativité.

La patience est un des piliers de l’espoir. Avec le courage, le désir et la confiance, la patience est une des clefs pour bien espérer. Nous pouvons avoir du désir, du courage et de la confiance mais sans attente l’espoir n’existe pas. L’attente est réellement ce qui détermine l’espoir. D’ailleurs le mot « expectative » est synonyme d’espoir, il est défini ainsi : « attente fondée sur des promesses ou des probabilités. »

Mais tout l’art d’espérer est de savoir rester humble et d’attendre sans passivité. L’expectative n’est pas une attente morne mais une tension douce. Le regard tourné vers notre destination, ne perdant pas de vue le sujet de notre espoir, nous attendons la réalisation de notre souhait tout en sachant que nous devons participer à ce processus. Il s’agit d’une participation toute en nuance où la confiance en la vie et le courage de persévérer nous accompagnement. Et nous savons qu’en co-créant avec la vie nous avons plus de chance de voir se réaliser le plus précieux de nos souhaits.

 

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Est-ce que l’espoir ne passe pas forcément par la voie du cœur ? Pour espérer, ne faut-il pas d’abord se centrer dans son cœur et c’est alors un véritable voyage à la rencontre de soi-même qu’il faut entreprendre ?

L’espoir passe nécessairement par la voie du coeur car il est indispensable d’appréhender la vie non pas avec la peur au ventre, ni avec un hyper-réalisme généré par notre mental mais avec l’amour de la vie, des autres et de soi-même. Un amour de soi-même qui n’est pas une inflation de l’égo, ni une surestimation de soi mais un réel et profond sentiment de paix pour soi-même. C’est un regard nouveau porté sur soi au-delà de l’égo. C’est un regard bienveillant plein de compassion pour l’âme que nous sommes qui chemine depuis la nuit des temps ayant oublié temporairement sa réelle origine.

Ce n’est que lorsque nous comprenons que nous sommes bien plus vastes, bien plus beaux et bien plus grands que notre petite existence. Ce n’est que lorsque nous comprenons que les épreuves sont une opportunité d’évolution et une opportunité à aimer mieux, plus et vraiment, qu’enfin nous sommes dans un réel amour de soi.

Et cet amour de soi bien entendu vient du coeur. Alors à ce moment-là et uniquement à ce moment nous aimons les autres, le monde et la vie, profondément. Dans cette conscience nous ne regardons plus la vie de la même façon et de facto l’espoir est là. Cet espoir qui est une confiance profonde que tout est juste, que tout à du sens. Alors nous avons une vision forcément lumineuse de demain.

Ce que j’ai beaucoup aimé dans ton livre c’est le côté  » booster ». Le livre est un Véritable coup de fouet donnant espoir et motivation à agir, il mérite je pense d’être lu massivement en 2018 par nos lectrices/lecteurs qui s’intéressent à la spiritualité contemporaine.

Un grand merci pour cette réflexion car mon souhait en écrivant ce livre était que le lecteur ressente une puissance énergie de vie, son pouvoir de co-créer et une infinie gratitude pour tout ce qui est. En effet des lecteurs m’ont adressés des messages de remerciement me disant que ce livre les avait remis en route, qu’ils se sentaient totalement boostés !

Pour finir cette interview, peux-tu une dernière fois ici réveiller ou éveiller en chacun de nous la flamme de l’Espoir ?

Tout est toujours à créer, à vivre, à découvrir. Nous sommes des aventuriers de l’existence. Nous sommes des princes et des princesses qui avons bu à la fontaine de l’oubli mais nous savons en nous une sagesse infinie qui ne demande qu’à être révélée. Notre voyage est un processus initiatique divin où le challenge est de se souvenir que nous sommes des êtres spirituels venus faire une expérience terrestre. Ce point de vue devrait être notre boussole nous permettant de nous souvenir que tout est juste et à du sens. Savoir cela nous permet d’avoir de l’espoir.

Avoir de l’espoir n’est pas être de doux rêveurs mais des optimistes ayant le regard tournés vers la lumière. Les gens qui espèrent sont des êtres qui savent que tout ceci n’est que temporaire, que nous expérimentons. Nous avons perdus la mémoire mais certains d’entre nous se réveillent peu à peu. Ses éveillés là sont porteurs de lumière et ont le regard porté vers la lumière. Ses êtres là savent que nous franchissons un cap unique dans l’histoire de l’humanité. Avoir de l’espoir c’est savoir et sentir cela.

 

 

Emmanuel Moulin pour Meditationfrance : https://www.meditationfrance.com/archive/2018/0109.htm