Rencontre avec le Dr Daniel Chevassut

 

« Derrière un corps ou une maladie, il y a une personne et l’histoire d’une vie… »
(Dr Daniel Chevassut)

Propos recueillis par Samia Abdelmoumen

Le docteur Daniel Chevassut, médecin homéopathe, a créé en 1998 la consultation de la souffrance à l’hôpital Nord de Marseille, pratiquant de la tradition bouddhiste, il est le représentant officiel de la Tradition Bouddhiste au sein de l’APHM. Il est également auteur.  

C’est par une matinée de février que j’ai eu le privilège de le rencontrer, il m’a accueillie en m’exprimant son appréciation positive sur les actions menées par Ressources Plurielles, venant d’un tel médecin, cette appréciation sonnait comme une reconnaissance. Cette rencontre prévue pour une interview s’est rapidement transformée en une conversation à bâton rompue, un partage riche de vécu et d’expérience autour de la médecine et du soin basé sur une éthique intégrant des compétences médicales et des qualités humaines.

Cette rencontre fut une véritable bouffée d’oxygène, avec un homme d’une grande ouverture d’esprit qui incarne le sens même du métier de soignant alliant savoir-faire et savoir être.

Ressources Plurielles : Quelles raisons vous ont conduit à créer la consultation de la souffrance ?

Dr Daniel Chevassut : Depuis le tout début de mes stages hospitaliers je me suis beaucoup intéressé à la médecine d’urgence où j’ai fréquenté la souffrance, l’angoisse, le stress et tout particulièrement la mort, dans plusieurs de ses aspects. D’un point de vue technique, médical, les choses ne se passaient pas trop mal, mais sur le plan humain et relationnel, j’ai toujours eu le sentiment que l’on pouvait faire beaucoup mieux.

En 1989, j’ai effectué un stage dans la 1ère unité de soins palliatifs créée par le Dr Abiven à l’Hôpital International de Paris. J’avais hésité entre un départ au Népal dans le cadre d’une mission humanitaire et ce stage. Il s’est avèré que mon choix s’est porté sur ce stage qui m’a offert la possibilité en tant que médecin, de me confronter à la fin de vie, question qui n’était à l’époque pas enseignée à la faculté de médecine.

Cette expérience m’a beaucoup appris et ému aussi, car j’ai pu observer que ce service réunissait à la fois de grandes compétences médicales, techniques et aussi humaines. Elle m’a conforté dans mon désir de pratiquer une médecine qui intègre les compétences médicales et des qualités humaines et que toute personne avait le droit de bénéficier de cette qualité de soins, même si elle n’était pas en fin de vie. 

J’avais déjà eu l’occasion de me confronter à la mort, à travers la traumatologie routière mais également lorsque j’étais interne en anatomo-pathologie où je devais disséquer des corps. Mon chef de service m’enseignait à considérer ces corps comme celui de personnes décédées, il m’invitait à prendre tout d’abord connaissance du dossier médical afin de comprendre les causes du décès mais aussi du vécu de la personne, puis à approcher ce corps avec respect. Ainsi, j’ai appris à voir que derrière un corps ou une maladie, il y a une personne et l’histoire d’une vie.

Ressources Plurielles : Comment se déroule cette consultation et à qui s’adresse-t-elle ?

Dr Daniel Chevassut : Ce qui est important pour moi, c’est ce qui se passe en amont de cette consultation et qui est une pratique quotidienne de la méditation qui va permettre de développer un calme intérieur, un esprit calme, serein et beaucoup plus limpide. Cela va permettre de déceler plus aisément ce qui fait souffrir le patient dans la profondeur, ce que j’appelle « l’épine irritative du malade », ce qui le blesse intérieurement.

Cette consultation est une prise en charge globale, avec une écoute de la personne humaine en souffrance, que cette souffrance soit physique, psychologique, sociale, spirituelle ou autre. Elle vise aussi à aider le patient à essayer d’établir une relation plus saine avec sa maladie et s’adresse à toute personne malade ou accidentée et également aux proches, si besoin. Elle demande donc des compétences dans plusieurs domaines : médical, psychologique, social, spirituel, etc. Paradoxalement, le fait d’être un médecin « psycho somaticien » facilite la rencontre avec des patients.

Ce qui me parait important dans cette époque que nous traversons aujourd’hui, c’est de ne jamais oublier la dimension humaine et les différents aspects qui lui sont inhérents On vit dans un monde où il y a beaucoup de technologies, de moyens de communication et c’est parfois au détriment de la relation avec l’humain, de toutes ces qualités qui sont indispensables et aussi de tous ces besoins évidents lorsque des personnes sont hospitalisées et sont confrontées à la souffrance.

Cette consultation s’adresse également aux proches, si besoin. Dans ce cas, les personnes peuvent être vues ensemble, si elles le souhaitent et si j’estime que cela ne risque pas d’influencer négativement la relation thérapeutique.

Ressources Plurielles : Qu’est-ce qui vous a conduit vers le bouddhisme ?
Quel lien faites-vous entre la tradition bouddhiste et votre pratique médicale ?

Dr Daniel Chevassut : Le bouddhisme s’est avéré être le prolongement naturel de mes études médicales. En effet, à la suite d’évènements personnels douloureux, j’ai entamé une recherche intérieure qui m’a conduit à rencontrer d’abord l’hindouisme, puis le bouddhisme.

Etre médecin implique d’être confronté à beaucoup de souffrances humaines. La démarche bouddhique est très rigoureuse, précise et en parfaite harmonie avec une vision scientifique. A travers l’étude et la pratique méditative auprès de maîtres qualifiés, j’ai réalisé l’importance de la conscience, de la présence : plus de calme, de paix, de compassion, de stabilité…

Le calme intérieur permet au praticien de mieux ressentir ou de mieux percevoir les différentes informations qui proviennent du patient, à travers la vue, l’audition, la palpation lors de l’examen clinique, par exemple.

D’un certain point de vue, offrir au patient un espace d’écoute authentique est une expression concrète et l’apaisement qui en découle est un bénéfice non négligeable dans la dynamique globale du soin. Le calme qui émane de la personne du médecin ou du thérapeute agit à ce moment-là comme un point d’appui et aide ainsi à restaurer la stabilité chez un patient fragilisé par la maladie, du moins jusqu’à un certain point. Cette conscience est également une aide très précieuse dans l’élaboration du diagnostic clinique et dans celui du traitement.

Le point de jonction entre bouddhisme et médecine c’est la souffrance parce lorsqu’un patient vient me voir c’est parce qu’il est malade et qu’il souffre et qu’il ne veut plus souffrir ou alors qu’il n’a pas envie de tomber malade et alors on va prévenir l’issue ou l’éventualité de la souffrance.

Ressources Plurielles : Que vous apporte votre pratique médicale ?

Dr Daniel Chevassut : Une leçon de vie, l’importance du ici et maintenant. J’ai choisi d’être médecin hospitalier car je voulais prendre le temps de soigner mes patients et de les écouter. En tant que médecin homéopathe, cette présence et cette écoute sont indispensables et elles définissent le cadre de la relation avec le patient.

J’ai beaucoup appris de mes patients et je continue à apprendre chaque jour, je les remercie de ce qu’ils m’ont appris et apporté. La médecine est un art et j’ai la chance de la pratiquer dans de bonnes conditions avec des chirurgiens qui sont à l’écoute et d’une grande compétence. C’est dans cette manière d’être que le travail en équipe prend tout son sens et qu’il est le plus profitable aux patients.

Livres publiés par le Dr Daniel Chevassut :

  • Pour une santé à visage humain (Editions Tredaniel) Résumé
  • Réflexion d’un médecin bouddhiste à l’usage des soignants et des soignés (Editions Sully) Résumé
  • Quelles nouvelles de l’éveil ? (Editions Claire Lumière) Résumé