Tao des émotions, l’art de la transformation

Selon le tao, il est possible de transformer ses émotions

Pour le Tao, les émotions sont à la base de nos joies et de nos souffrances. Les émotions sont présentes dans les divers secteurs et patterns de notre vie. Les émotions négatives sont les sources de nos émotions positives. Les humains produisent ces émotions, ils ont pour tâche de les transformer.

La terre produit et épure tout ce qui nous est utile pour vivre sur cette planète: les pierres brutes et précieuses, le sable, le verre; le métal, le pétrole, l’eau, les rivières, les chutes, les mers; les plantes, les herbes, les fleurs, les arbres, les bois, les fruits, les légumes; les insectes, les oiseaux, les poissons, les crustacés, les animaux, et bien d’autres produits. La terre a le pouvoir de transformer ce qu’elle produit, elle retourne à la terre tout ce qu’elle a engendré pour le décomposer et le recycler et reproduire à nouveau des matériaux neufs et vivants. La terre ne retourne pas nécessairement dans le passé pour accomplir ce travail, elle l’accomplit à mesure et sans se lasser, elle ne remet pas à demain ni à d’autres son travail incessant qu’elle répète depuis des millénaires.

Tout se répète aussi dans la vie humaine. Les humains n’ont pas changé depuis qu’ils sont apparus sur la terre : ils ont toujours les cinq organes des sens, les cinq organes internes, les cinq doigts et les cinq orteils, le cerveau et le système nerveux, les os, les muscles, la peau, les organes sexuels. Les humains produisent des émotions, des pensées, des désirs, des souffrances, des maladies, depuis qu’ils sont sur la terre. Les humains ont le pouvoir de transformer ce qu’ils produisent comme la terre a ce pouvoir de transformer ce qu’elle produit, ils peuvent transformer le négatif en positif et conserver la qualité de vie en eux et autour d’eux. Ce pouvoir de recyclage et de transformation commence par la conscience humaine: la première étape est de constater que l’on n’évolue pas, que l’on répète les mêmes patterns, que l’on vit les mêmes souffrances psychiques, émotives et physiques, depuis les débuts de l’humanité. Parce que nous avons des organes internes et externes et que nous produisons des émotions et des pensées négatives nous souffrons car nous accumulons les énergies négatives sans savoir les transformer.

Le Tao dit qu’il est possible de transformer les émotions négatives en émotions positives par les sons et les lumières qui correspondent à la matière qu’ils engendrent. Le son engendre la lumière, la lumière engendre la matière. La matière même si au départ est porteuse de lumière et de vibration sonore perd ses capacités si on ne les cultivent pas par la conscience et le travail spirituel taoïste. À force de laisser la matière sans lumière et sans vibration sonore élevée celle-ci dépérit, s’alourdit, se transforme en négatif et en obscurité, qu’on appelle inconscience, maladie, mort, et retour à la terre.

À chaque émotion son Organe

La MTC conçoit l’être humain de façon globale et ne fait pas de séparation entre le corps et l’esprit. Elle considère que chaque Organe joue non seulement un rôle physique, mais possède aussi des fonctions mentales, émotives et psychiques.

  • La colère (Nu) est associée au Foie.
  • La joie (Xi) est associée au Coeur.
  • La tristesse (You) est associée au Poumon.
  • Les soucis (Si) sont associés à la Rate/Pancréas.

  • La peur (Kong) est associée aux Reins.

Comment naissent les émotions ?

D’un point de vue chinois, une émotion est une réaction involontaire et inconsciente à une stimulation venant de l’extérieur (image, son, ambiance, etc.) au niveau de l’esprit (il n’y a à ce moment aucune réaction physique).

Au départ l’information est tout à fait neutre et ne recevra une coloration émotionnelle qu’en fonction de ce que nous sommes et de notre état au moment de la réception.

Une émotion apparait de façon complètement inconsciente, en fonction entre autre de notre passé. Il n’y a donc aucune culpabilité à avoir lorsque nous ressentons telle ou telle émotion.

Dans un premier temps, en fonction de notre réceptivité (« grille » plus ou moins ouverte gérée par la fonction Cœur), nous allons recevoir inconsciemment et plus ou moins fortement une stimulation. Celle-ci est ensuite comparée à notre expérience ou à nos souvenirs (gérée par la fonction Rate). A ce moment, l’émotion surgit dans notre esprit.

Par exemple, une personne se promène dans la rue et, sur un mur, se trouve une affiche de bicyclette. Si elle est en profonde   » méditation métaphysique « , elle passera sans la voir et ne ressentira aucune émotion.

Par contre, si elle fait un minimum attention, la vue de cette affiche pourra déclencher en elle toutes sortes d’émotions :
   – si elle vient de se blesser à bicyclette, cette image pourra déclencher en elle une émotion de peur
   – si un de ses proches vient d’avoir un accident grave à bicyclette, cette image pourra engendrer chez elle une émotion de colère
   – si depuis très longtemps elle cherche à acheter une bicyclette avec un rapport qualité/prix imbattable, cette vue réenclenchera en elle une émotion de réminiscence
   – si cette belle bicyclette est trop chère pour elle, elle pourra engendrer une émotion de tristesse
   – enfin, si elle trouve cette publicité particulièrement bien réussie et belle et qu’elle lui rappelle de bons souvenirs, elle pourra déclencher en elle une émotion de joie.
 

La Joie

Une joie normale n’est pas en elle-même une cause de maladie ; au contraire elle entretient un état mental bénéfique qui favorise le bon fonctionnement de l’organisme. Il serait bon d’essayer d’entretenir ce type d’émotion pour rester en bonne santé.

Les livres anciens notent : « La joie fait que l’esprit est serein et détendu, elle a des effets bénéfiques sur l’énergie nourricière et l’énergie de protection. »

Au contraire, un état d’excitation et de désirs excessifs (ce que l’on pourrait nommer un état de joie excessive) sont néfastes pour l’organisme et entraînent par exemple : palpitations, insomnies, agitation, excès de paroles, sursaut au moindre bruit, etc.

La joie peut aussi être une cause de maladie lorsqu’elle est trop soudaine, comme par exemple lorsqu’on apprend subitement une bonne nouvelle (dans ce cas, on est proche du « choc émotionnel »).

La colère

Cette émotion est liée à la fonction Foie. Elle comprend également ce que nous appellerions frustration, ressentiment, colère refoulée, fureur.

L’un des rôles de la fonction Foie est de répondre physiquement à une stimulation.

De ce fait, une réaction brutale et vive peut être saine si elle est en adéquation avec la stimulation déclenchante. Par exemple, si je vois une grave injustice, la colère qui nait en moi est saine et va me permettre de réagir de manière juste.

Au contraire, une colère excessive, inadaptée ou qui dure trop longtemps, est pathologique. Elle entraine une stagnation de l’énergie de la fonction Foie lorsqu’elle est refoulée (avec des symptômes comme une oppression des flancs, des soupirs fréquents, une certaine irritabilité). Elle provoque une forte montée de l’énergie de la fonction Foie lorsqu’elle éclate violemment (avec des symptômes comme des maux de tête, des sensations vertigineuses, des insomnies, des problèmes de vision).

La réminiscence

Cette émotion est liée à la fonction Rate. Elle comprend aussi l’excès de « penser-réfléchir » et la nostalgie, sans particulièrement de tristesse.

Il est évident que le fait de penser et de réfléchir est nécessaire dans la vie quotidienne et permet de fixer les souvenirs régis par la fonction Rate. Le fait de se souvenir nous permet aussi de nous remettre en question en analysant nos actes et ainsi d’avancer dans la vie.

Par contre, l’excès de réflexion consiste à ruminer, ressasser, penser sans arrêt à certains évènements (en général peu agréables !) ou à certaines personnes, même en l’absence d’inquiétude.

Notons que cette coloration émotionnelle excessive ne donne naissance à aucune décision ou action concrète ; elle est donc stérile.

L’excès de réminiscence à tendance à bloquer l’énergie dans le Foyer Moyen, lieu où se produisent la digestion et le métabolisme des aliments. De ce fait, il entraine les symptômes suivants : modification importante du volume corporel (amaigrissement ou obésité), fatigabilité (par manque de fabrication d’énergie), extrémités froides (par manque de sang), mauvaise digestion, sensation de distension de l’épigastre, etc.

Il serait donc important d’apprendre de mieux en mieux à vivre le moment présent, pleinement et en pleine conscience, afin d’éviter une nostalgie excessive nocive à notre santé.

La tristesse

Cette émotion est liée à la fonction Poumon. Au bout d’un certain temps, la tristesse peut se transformer en chagrin. Elle comprend également ce que nous appelons l’inquiétude.

La tristesse a comme effet pathologique de « nouer » l’énergie ou de l’épuiser (la fonction Poumon ayant pour rôle principal de distribuer l’énergie depuis le haut de l’organisme).

De petits moments de tristesse quotidiens ne sont pas pathologiques et évitent à l’énergie de monter trop fortement dans le corps.

D’un point de vue chinois, en cas de deuil d’un proche, il n’est pas anormal que la tristesse puisse durer environ un an, sans dépasser ce laps de temps ; d’où l’utilité d’apprendre à « faire son deuil », d’abord dans les petites choses, puis dans les plus importantes. Par contre, pour les autres stimulations, la tristesse ne doit pas durer trop longtemps.

Une tristesse de trop longue durée ou trop profonde entraîne une faiblesse de la fonction Poumon, ce qui se traduit par les symptômes suivants : essoufflement, fatigue, teint pâle, voix faible, problèmes de peau de type eczéma, etc.

La peur sans raison

Cette émotion est liée à la fonction Reins. Elle correspond également à ce que l’on appelle stress et angoisse.

La peur désigne ici la « peur sans raison », et non pas une peur concrète. C’est la différence entre une idée sans réalité qui stresse et l’émotion survenant en voiture juste avant un accident.

Il existe une peur saine et bénéfique pour l’organisme ; c’est celle qui va entrainer de petites décharges d’adrénaline et va stimuler l’action et le passage à l’acte.

De même, un stress modéré mais répété (dans le cadre professionnel par exemple) n’est pas forcément malsain et peut au contraire nous pousser à faire le mieux possible.

Bien souvent, dans notre civilisation occidentale moderne, la question de la mort est génératrice de peur sans raison immédiate. Il nous serait nécessaire de réfléchir plus profondément à la dualité vie/mort pour effacer cette angoisse.

La peur a comme effet pathologique de faire descendre l’énergie, de la faire sombrer (la fonction Reins ayant pour rôle principal de faire monter la chaleur vitale). Notons aussi que cette émotion est souvent sournoise, silencieuse, et qu’elle peut de ce fait aggraver d’autres désordres émotionnels.

Une peur sans raison qui s’installe à demeure chez une personne finit par provoquer une blessure de la fonction Reins, avec comme symptômes : ptôses de l’estomac ou de la vessie, incontinence urinaire, volonté défaillante, etc.

Nicole Tremblay auteure du livre  » Le Tao des émotions «