Le ventre miroir de nos angoisses

Au coeur du cerveau émotionnel

Certaines personnes souffrent de maladies chroniques de l’intestin, sans que les médecins ne parviennent à en identifier les raisons. Leurs angoisses en sont-elles la cause ?

EN BREF
• Les troubles intestinaux sont souvent les premières causes de plaintes pour consultation. Ils résultent parfois de facteurs psychologiques.
• En étudiant les maladies chroniques des intestins, les chercheurs comprennent les liens hormonaux et nerveux, via le nerf vague en particulier, reliant le cerveau au tube digestif.
• Une molécule, le crf, libérée en cas de stress, provoque une inflammation des intestins et perturbe leur fonctionnement.

 

Tous les jours, j’ai la boule au ventre le matin, l’envie de pleurer quand j’approche de l’entrée du bâtiment où je travaille, littéralement envie de vomir quand je parcours le couloir qui mène jusqu’à mon bureau, des diarrhées tous les jours où je bosse (eh oui !), des crises de larmes silencieuses dans les toilettes, un mal de dos persistant depuis ce jour d’août où j’ai repris après trois semaines de congé et où j’étais clouée au lit par des contractures musculaires venues de nulle part… Ce bou­lot ne m’intéresse pas, mais alors pas du tout, c’est quasi doulou­reux de le faire, car ce n’est jamais ce à quoi j’ai aspiré, ça m’en­nuie intellectuellement, et ça n’a aucun sens réel pour moi… »

Ce témoignage, livré sur un forum de santé, est embléma­tique de la façon dont notre corps exprime parfois les tensions nerveuses que nous accumulons. Son auteur décrit des symp­tômes bien connus des spécialistes, et qui ont touché aussi des milliers de personnes venues inonder les consultations de généralistes plus d’un mois après les attentats de novembre 2015, pour des maux de ventres qu’elles ne compre­naient pas. Finalement, notre tube digestif est en première ligne dans les effets psychosomatiques liés au stress.

Il y a encore quelques années, un chercheur invoquant ce genre de lien de cause – un stress – à effet – des troubles intes­tinaux – serait passé pour un charlatan… Mais aujourd’hui, la recherche et la médecine ont révélé que le stress, au sens large un événement stressant et la réaction de l’orga­nisme qui en découle), provoque des troubles organiques, à la fois fonctionnels, métaboliques, voire lésionnels, notamment dans le système digestif. C’est une forme de somatisation.

Dès 1936, le médecin hongrois Hans Selye a défini la réaction de stress comme l’ensemble des réponses de l’organisme à une sollicitation de l’en­vironnement, qu’il a nommé le «syndrome général d’adaptation». Face à une contrainte extérieure ou interne à notre organisme, la réaction de notre corps est normale, physiologique, et permet de s’y adapter ou de la combattre. Mais si elle se prolonge, l’équilibre se rompt parfois entre nos capacités d’adaptation et les exigences du milieu. L’organisme s’épuise et la réaction de stress devient patholo­gique.

C’est notre perception de la situation – nous considérons, ou pas, une échéance à respecter ou une douleur comme intenable ou frustrante – qui détermine si nous la vivrons, ou pas, comme stres­sante. Nous ne réagissons donc pas tous de la même façon face à une difficulté ou une agression. Divers facteurs interviennent : le type et la durée du stress, le contexte dans lequel nous nous trouvons, notre âge, notre sexe, nos gènes, et même des facteurs extérieurs, dits épigénétiques, qui modifient l’ex­pression de nos gènes. Difficile donc de prévoir la réaction de stress de notre organisme !

PLUS DE 15 % DES FRANÇAIS TOUCHÉS

Pourtant, les effets du stress sur la digestion sont maintenant bien connus tant chez l’homme que chez l’animal, et l’on commence même à identifier les acteurs moléculaires de ce lien entre l’esprit et le corps. Et ce, grâce notamment à l’étude de différentes pathologies intestinales, que l’on regroupe en deux grandes catégories : les maladies dites organiques, dont on connaît des causes, comme les maladies inflammatoires chro­niques de l’intestin (la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique,  et la maladie cœliaque (une intolérance au glu­ten) ; et les pathologies dites fonctionnelles, sans cause organique connue, telles que le syndrome de l’intestin irritable (anciennement nommé colo­pathie fonctionnelle).

En France, les maladies inflammatoires chro­niques de l’intestin concerneraient 200000 per­sonnes, tandis que le syndrome de l’intestin irri­table, nettement plus répandu, affecte 10 à 20 % de la population. Mais la limite entre des patholo­gies organique et fonctionnelle est floue et l’on assiste parfois à des chevauchements ou des pas­sages d’un trouble à l’autre. Ainsi, 30 à 50 % des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin deviennent fonctionnelles à un moment donné de la vie du patient, et, inversement, certains malades «fonctionnels» développent parfois des troubles organiques. Et c’est sans compter tous les individus non malades ou ne se «plaignant» pas, qui pré­sentent pourtant régulièrement les mêmes symp­tômes en situation de stress: douleurs abdomi­nales, diarrhée, ballonnements ou gaz.

LES MALADIES INFLAMMATOIRES DE L’INTESTIN

Représentées par la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique, ce sont des affections inflammatoires chroniques atteignant le tube digestif, en particulier l’intestin grêle, le colon et le rectum. Elles débutent souvent de façon précoce, entre 15 et 30 ans, et évoluent par poussées entrecoupées de périodes de rémission dont la durée est variable. Elles se caractérisent par des douleurs abdominales, de la diarrhée (avec du sang dans les selles pour la rectocolite) et une altération de l’état général (fièvre, amaigrissement). Elles concerneraient en France 200 000 personnes. Le traitement médical ou chirurgical atténue la maladie sans la guérir. En plus de facteurs immunologiques, génétiques, infectieux ou environnementaux, le stress semble jouer un rôle, les patients souffrant d’un dysfonctionnement de la balance sympathovagale.

Les médicaments sont peu, voire pas efficaces d’emblée, mal tolérés ou perdant leurs bénéfices dans le temps. Les traitements complémentaires comme les thérapies cognitives et comportementales ou l’hypnose pourraient être utiles, notamment associés aux médicaments. Enfin, la neurostimulation vagale, qui nécessite la pose d’électrodes sur le nerf vague dans le cou, a des propriétés anti-inflammatoires et atténue la douleur. 10 à 20 % de français souffrent du syndrome de l’intestin irritable, sans en connaître la cause. Ils présentent des troubles intestinaux chroniques douloureux. Les maux de nos intestins sont souvent le signe d’un stress psychologique important: prenons les bonnes décisions pour changer ce qui ne va pas.

En suivant pendant plusieurs années 300 per­sonnes atteintes de troubles digestifs fonction­nels, William Whitehead et ses collègues, de l’université Johns Hopkins à Baltimore, ont mon­tré qu’un événement de vie douloureux (sépara­tion, deuil, situation financière critique, chô­mage…) provoquait souvent une augmentation de ces symptômes. De plus, un malade sur deux rapportait qu’un stress était en général à l’origine des premières manifestations de sa pathologie.

Les effets d’un stress sur le tube digestif sont multiples : diminution du seuil de sensibilité vis­cérale – la digestion est ressentie comme doulou­reuse -, ralentissement de la vidange de l’estomac et du transit de l’intestin grêle, mais accélération de l’activité du côlon et stimulation de la sécrétion colique, causant des diarrhées. Autre consé­quence: une modification de la flore intestinale (l’ensemble des bactéries de nos intestins qui par­ticipent à leurs fonctions) et une augmentation de la perméabilité intestinale. Des fragments de bac­téries, nommés antigènes, peuvent alors diffuser à l’intérieur du tube digestif et ainsi activer le sys­tème de défense immunitaire intestinal, qui déclenche une inflammation et des douleurs.

DES SYMPTÔMES ISSUS DU CERVEAU

Tous ces symptômes trouvent leur origine dans le cerveau, la tour de contrôle des processus liés au stress. Ce dernier, qu’il soit «intéroceptif», à savoir lié à une infection, une inflammation ou une douleur, ou «extéroceptif», c’est-à-dire psy­chologique, met en œuvre un réseau cérébral étendu qui se divise en trois structures : les régions exécutives, dont l’hypothalamus (une région à la base du cerveau), qui déclenchent la réaction phy­siologique de stress; les aires de coordination dans le système limbique, dont l’amygdale, qui gèrent les émotions ; et les régions de contrôle de haut niveau, dont le cortex préfrontal, responsables des modes de pensée rationnelle.

En réponse à une situation perçue comme une menace, le cortex préfrontal inhibe normalement l’amygdale, impliquée dans la réaction de peur, de sorte que notre organisme réagit au stress puis retrouve son état d’équilibre. Mais si le «danger» perdure ou dépasse nos stratégies d’adaptation, le cortex préfrontal ne peut plus indéfiniment modérer l’action de l’amygdale et la réaction de stress peut avoir des conséquences bien plus importantes, notamment sur nos intestins.

DU CERVEAU AU VENTRE : DES NERFS OUI FONT MAL

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Trois systèmes neurohormonaux et neuroen­docriniens entrent alors en jeu : le système nerveux autonome, repré­senté par les systèmes sympathique et parasym­pathique, le système de défense immunitaire, via l’activation du système nerveux sympathique, et l’axe hypothalamo-hypophysaire-surrénalien (ou axe corticotrope), sécrétant différentes hormones du stress dont le cortisol et l’adrénaline.

Le stress a d’abord un impact sur le système nerveux autonome, composé de deux grands réseaux de nerfs. Le premier, le système nerveux sympathique, majoritairement excitateur, est capable de mobiliser les réserves d’énergie du corps pour faire face à un danger et d’augmenter la fré­quence cardiaque ou la pression artérielle. C’est lui qui a permis à nos ancêtres de prendre leurs jambes à leur cou devant un ours, et qui nous permet aujourd’hui de bondir de côté quand une voiture manque de nous renverser. Le second, nommé sys­tème parasympathique, tend à ralentir la fréquence cardiaque, détendre les muscles, réduire la pression artérielle et augmenter la vidange intestinale. Il a principalement une fonction de retour au calme.

Un stress aigu stimule le système sympathique et inhibe globalement le système parasympathique, notamment le nerf vague, ralentissant la vidange de l’estomac (un composant du système parasym­pathique, toutefois, le nerf sacré, est activé. 11 com­mande la partie terminale du tube digestif et la vessie, ce qui provoque une fréquente envie d’aller aux toilettes).

DOULEURS INTESTINALES : L’INFLAMMATION

Un des effets notables de l’activation excessive du système sympathique est une modification de l’activité du système immunitaire. En effet, les neurones du système sympathique innervent les organes lymphoïdes comme le thymus, la moelle osseuse ou les ganglions lymphatiques, où sont produites les cellules immunitaires de l’organisme. Stimulées par le système sympathique, ces cellules commencent à produire des cytokines, molécules de signalisation capables de déclencher des réac­tions inflammatoires.

Habituellement, les viscères sont protégés de l’inflammation par le système parasympathique, et plus particulièrement par son principal composant, le nerf vague. Le plus long de l’organisme, il innerve l’ensemble des viscères et constitue un élément clé des relations entre le système nerveux central et le tube digestif. 11 s’agit d’un nerf mixte, comprenant 80 % de fibres dites afférentes informant le cerveau de la situation périphérique, et 20 % de fibres dites efférentes permettant au cerveau de réguler la motricité et la sécrétion digestives.

Il a un effet anti-inflammatoire par ses afférences au cerveau, où il stimule l’axe corticotrope dont il sera question plus tard (qui, via la libéra­tion de corticoïdes, est anti-inflammatoire), et par ses efférences périphériques : il sécrète au niveau des viscères un neurotransmetteur, l’acétylcho­line, qui se fixe sur des récepteurs (nommés récep­teurs nicotiniques de type 07) à la surface des macrophages (des cellules immunitaires chargées d’absorber les débris des agents infectieux élimi­nés). Ce faisant, l’acétylcholine réduit la libération d’une importante molécule inflammatoire, le TNFa, par les macrophages. Le tube digestif est alors protégé des inflammations.

Comme nous l’avons dit, en cas de stress trop intense, l’activité du système parasympathique vagal est réduite au profit de celle du système sympathique, inflammatoire, et du parasympa­thique sacré. Ce déséquilibre de la balance «sym­pathovagale» provoque une réaction inflamma­toire, des troubles digestifs, et évidemment une douleur intestinale.

Enfin, le stress affecte le troisième grand sys­tème neurohormonal mentionné plus haut : Taxe hypothalamo-hypophysaire-surrénalien – encore appelé axe corticotrope. Face à un traumatisme, un événement difficile, des conditions de travail particulièrement pénibles, l’amygdale ou la stimu­lation des afférences vagales liée à une inflamma­tion intestinale provoque la libération par le noyau paraventriculaire de l’hypothalamus d’une neuro­hormone, le crf (de l’anglais corticotrophin-relea- sing factor). Ce dernier commande à son tour la sécrétion par l’hypophyse de I’acth (de l’anglais adrenocorticotrophic hormone), laquelle entraîne la production de glucocorticoïdes par les glandes corticosurrénales. L’utilité de ce système est encore une fois de protéger le corps des dangers : mobili­sation de glucose, activation de la fonction cardio­vasculaire et préparation à l’activité physique, sont autant de réactions permettant de mieux fuir une menace ou de la combattre.

LA MOLÉCULE  DE LA SOMATISATION INTESTINALE

Même si cette séquence de réactions est essentielle pour faire face aux situations d’adver­sité, la libération de crf en début de chaîne a des effets parfois indésirables sur notre système digestif. Car le crf n’est pas seulement libéré par l’hypothalamus, il l’est aussi directement par l’amygdale, ce qui fait de lui à la fois une hormone et un neurotransmetteur cérébral, un agent de communication entre neurones.

Quels sont ses effets? Injecté dans le cerveau d’animaux de laboratoire, il reproduit d’une part les effets d’un stress aigu, mais il provoque aussi des troubles intestinaux, comme des diarrhées. On sait maintenant qu’il se lie à des récepteurs particuliers nommés crfI et crf2 ; le premier se retrouve un peu partout dans le cerveau, le second dans le reste du corps, en particulier les intestins. On vient éga­lement d’identifier trois urocortines, des molécules apparentées au crf, qui seraient aussi libérées par différentes aires cérébrales en cas de stress et agi­raient sur les récepteurs crfI et crf2.

Ces molécules du «stress» sont aussi présentes dans le tube digestif. L’équipe de la professeure Yvette Taché, de l’université de Californie à Los Angeles, a montré que le crf relâché lors d’un stress inhibe la motricité gastrique et augmente la per­méabilité intestinale (via son action sur les CRF2) : des substances potentiellement néfastes comme des antigènes peuvent sortir de l’intestin et provo­quer des inflammations chroniques. Le crf favorise aussi la motricité et la sécrétion colique (via sa fixa­tion sur les crfI), provoquant des douleurs abdo­minales. Le CRF et les urocortines auraient aussi un effet inflammatoire au niveau intestinal.

Ce système dit CR Fergique central et périphé­rique joue donc un rôle crucial en réaction au stress. Différentes équipes, dont la nôtre à Grenoble, ont montré qu’il intervient manifeste­ment dans les pathologies fonctionnelles et orga­niques du tube digestif, dans lesquelles il existe une anomalie de la balance sympathovagale. Nous avons notamment observé une «suractiva­tion» sympathique et une «sous-activation» vagale. Même en période de rémission (quand ils n’ont pas de symptômes digestifs), les patients activité du crf dans différentes régions limbiques du cerveau, ce dernier modulant alors leur état et participant donc probablement à certains troubles psychiatriques. Pour preuve, l’administration de molécules bloquant les récepteurs crfI dans des modèles animaux de la dépression atténue leurs symptômes mentaux.

POURQUOI CERTAINS ONT MAL AU VENTRE, ET D’AUTRES NON

Nous avons tous pu observer qu’en situation de stress, chacun réagit à sa façon; les douleurs abdominales ou le syndrome de l’intestin irritable ne touchent pas tout le monde de façon indiffé­renciée. Une des raisons de cette variabilité tient au fait que les mécanismes de somatisation du stress sur le plan viscéral agissent au sein de nom­breuses boucles de rétroaction. Cette situation peut être comparée à celle d’un billard à plusieurs bandes : après un certain nombre de rebonds, il est impossible de savoir exactement où la boule se trouvera, car chaque écart se trouve amplifié par les rebonds suivants.

Dans notre cerveau et notre système digestif, c’est un peu la même chose. Les zones cérébrales impliquées dans les réactions au stress enclenchent certes des libérations d’hormones et de neurotransmetteurs ayant un effet sur l’intes­tin, mais ce dernier renvoie au cerveau des mes­sages qui provoquent à leur tour une libération différente de ces mêmes molécules. Des effets rebonds multiples, donc.

Concrètement, rappelons-nous que le nerf vague, si important dans les effets inflammatoires du stress, envoie également au cerveau des mes­sages sur l’état de nos viscères. Des neurones sen­soriels adressent aussi au cerveau des messages nociceptifs sur la douleur ressentie. Le cerveau traite ces données et modifie en conséquence l’équilibre de l’activité du système sympathovagal.

Mais pour cela il utilise des neurones qui se pro­jettent sur des secteurs de la moelle épinière qui servent aussi à moduler les signaux douloureux que l’intestin envoie au cerveau !

On comprend vite que l’activité de ces circuits en boucle évolue souvent de façon imprévisible : l’activation d’un tel système pourrait provoquer une stimulation sympathique dans une situation ou renforcer l’activité vagale dans une autre… et donc déclencher, ou pas, des troubles digestifs.

POUR GUÉRIR, IL FAUT SURMONTER SES ANGOISSES

Tout dépend en fait de «l’ajustement» psycho­logique d’un individu. Pour lutter contre les événe­ments de vie stressants, nous sommes amenés à développer des stratégies d’adaptation, soit de façon spontanée, soit en nous faisant aider par notre entourage ou des professionnels. Si l’adapta­tion est positive, notre organisme retrouverait rapidement un état d’équilibre (frontoamygdalien et sympathovagal), limitant les troubles intesti­naux; si elle est négative, notre organisme s’épui­serait et le stress provoquerait différents troubles, via l’activation durable du système CRFergique.

D’ailleurs, plusieurs études ont montré que les traumatismes survenus tôt dans l’enfance ou l’adolescence, comme une séparation parentale, la perte d’un être cher, des abus émotionnels, physiques ou sexuels, provoquent des modifica­tions du système nerveux central avec notam­ment un état hyper-CRFergique. Ce qui peut favoriser le développement de pathologies psy­chiatriques, fonctionnelles ou organiques comme les différents troubles intestinaux.

Comment aller mieux? En essayant de s’adap­ter au stress, ce que les Anglo-Saxons appellent coping. 11 existe trois types de méthodes. La pre­mière approche consiste à faire face à la difficulté et essayer de la résoudre rationnellement, ce qui en quelque sorte renforcerait l’influence du cortex préfrontal. Une telle démarche, centrée sur le problème, est souvent bénéfique. La deuxième réaction possible consiste à nier l’existence du problème et tenter de contrôler les émotions négatives qui nous envahissent. Une telle straté­gie de répression des émotions est souvent délé­tère, car l’amygdale reste hyperactive et perpétue le malaise. Enfin, une troisième voie de sortie consiste à rechercher un soutien social, personnel ou professionnel, qui nous aide à retrouver un équilibre… et un transit intestinal non doulou­reux. Les maux de nos intestins sont souvent le signe d’un stress psychologique important : c’est à nous de prendre ensuite les bonnes décisions pour changer ce qui ne va pas.

LE SYNDROME DE L’INTESTIN IRRITABLE

C’est une maladie fonctionnelle des intestins, sans cause organique, qui concerne 10 à 20 % de la population et représente 30 à 50 % des motifs de consultations auprès d’un gastroentérologue. La douleur abdominale est le principal symptôme qui amène une personne à consulter, les autres signes étant une distension abdominale et des troubles du transit (diarrhée, constipation ou alternance des deux). Les patients consomment beaucoup de médicaments… mais les traitements sont souvent décevants, les causes de la maladie demeurant floues et multifactorielles. On observe toutefois des troubles de la motricité digestive, une hypersensibilité viscérale et une micro-inflammation. Ce syndrome est actuellement assimilé à une altération des relations neurodigestives où le stress joue un rôle important dans l’apparition et l’exacerbation des symptômes.

On a en effet observé chez les patients une anomalie de la balance sympathovagale. L’expérience clinique révèle que beaucoup de sujets sont anxieux ou angoissés : la pathologie résulte-t-elle d’un stress chronique ?

 

Bruno Bonaz – Article paru dans Cerveau&Psycho N° 76 – Avril 2016